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Les Shompen

« Ne vous approchez pas de nos collines. »

Les peuples non contactés d'une île indienne risquent le génocide au nom du "méga-développement".

Les Shompen sont un peuple qui n’a pas encore été contacté sur l’île de la Grande Nicobar, en Inde. Ils sont aujourd’hui menacés de génocide par un projet de “méga-développement” visant à transformer leur petite île en “Hong Kong de l’Inde”.

Une île unique en son genre

Pendant des siècles, la plupart des Shompen ont refusé tout contact avec des personnes extérieures, ce qui les a préservés des terribles effets du contact que connaissent la plupart des autres peuples des îles Andaman et Nicobar.

Vivant dans les forêts tropicales de l'île de Grande Nicobar, dans l'est de l'océan Indien, les Shompen ont gardé et entretenu un paysage unique pendant des milliers d'années. Les Shompen sont des chasseurs-cueilleurs nomades. Ils vivent en petits groupes, dont les territoires sont identifiés par les rivières qui sillonnent la forêt tropicale. En tant que nomades, ils établissent généralement des camps en forêt où ils vivent quelques semaines ou quelques mois, avant de se déplacer vers un autre site.

Un aîné shompen et un jeune garçon pagayant dans un canoë. © Anthropological Survey of India

Ils ramassent une grande variété de plantes forestières, mais leur aliment de base est le fruit du pandanus, qu'ils appellent larop. Comme d'autres chasseurs-cueilleurs, les Shompen ont une connaissance approfondie de leur forêt et utilisent la flore de l'île de multiples façons. L'arbre White Dhup, par exemple, est utilisé pour fabriquer de l'encens, un répulsif contre les moustiques et même une sorte de chewing-gum.

Les Shompen chassent tout au long de l'année, et les singes, les cochons, les lézards et les crocodiles constituent une part importante de leur alimentation. Ils plantent également de petits jardins, où ils cultivent notamment du citron, des piments et du bétel.

Leur terre sacrée, l'île de Grande Nicobar, est petite mais possède une très grande biodiversité. Environ 95 % de l'île est recouverte de forêt tropicale et abrite 11 espèces de mammifères, 32 espèces d'oiseaux, 7 espèces de reptiles et 4 espèces d'amphibiens, toutes présentes uniquement sur l'île. C'est un endroit où les varans et les crocodiles partagent les forêts avec les macaques et les musaraignes, où les tortues géantes partagent les côtes avec les dugongs et les dauphins.

Femme shompen ramassant des piments de son jardin forestier dans une coquille de noix de coco. © Survival

Le droit de ne pas être contacté 

Si certains Shompen ont des contacts avec leurs voisins autochtones de l'île, les colons et les fonctionnaires, la plupart d'entre eux restent dans la forêt et n'ont que peu ou pas de contacts avec les personnes extérieures. Cela ne signifie pas que les Shompen ignorent le monde extérieur mais, pour la plupart, ils choisissent de rester seuls. Comme pour le peuple des Sentinelles dans les îles Andaman voisines, pénètrer de force sur le territoire des Shompen risque d'avoir des conséquences fatales pour les "intrus".

Les quelques Shompen qui quittent la forêt le font généralement pour collecter et échanger des ressources avec des personnes extérieures, avant de retourner à l'intérieur de l'île et de les partager avec d'autres familles shompen. Ils sont parfaitement conscients de l'impact des maladies et il est connu que les Shompen qui reviennent doivent se mettre en quarantaine dans des maisons spéciales à l'extérieur de leurs campements. Un rapport du gouvernement indique que :


Notre tentative d'atteindre le camp principal – situé à environ 50 mètres des "maisons extérieures" (out-houses) – a été repoussée par des jets de lances (nous l‘avons échappé belle) car les Shompen de cette région croient fermement que les personnes extérieures sont porteuses de maladies.
Administration des îles Andaman et de Grande Nicobar

Pour résumer, la plupart des contacts avec les Shompen se déroulent actuellement comme ils devraient se dérouler pour toutes les communautés autochtones, c'est-à-dire selon leurs propres termes.

Un groupe de jeunes hommes shompen à côté de leur maison sur l'île de Grande Nicobar. © Survival

Méga-développement = méga-catastrophe

Mais le gouvernement indien envisage désormais de transformer la petite île des Shompen en "Hong Kong de l'Inde", ce qui changera leur vie à jamais. Son "projet Grande Nicobar" aura un impact dévastateur sur la vie des Shompen et du peuple nicobarais voisin. Aucun des deux peuples n'ayant donné son accord, ce projet est contraire au droit indien et au droit international. 

Les autorités prévoient de créer un mégaport, une ville, un aéroport international, une centrale électrique, une base militaire, un parc industriel et des zones touristiques sur une superficie de plus de 244 km², dont 130 km² de forêt tropicale. Le gouvernement affirme qu'il "compensera" la perte de carbone des forêts en plantant de nouveaux arbres dans les broussailles du nord de l'Inde. Ces projets de compensation sont de fausses solutions et Survival mène une campagne active contre la menace croissante qu'ils font peser sur les peuples autochtones du monde entier.

Environ 95 % de l'île de Grande Nicobar est recouverte de forêt tropicale. © Twitter

Le projet occupera environ un tiers de l'île, dont la moitié dans le territoire autochotne. L'explosion démographique massive prévue pour l'île de Grande Nicobard est tout aussi désastreuse. La population totale de l'île est actuellement d'environ 8 000 personnes, mais le gouvernement prévoit d'y installer quelque 650 000 personnes dans le cadre du projet.

Quatre villages shompen, ainsi que leurs terrains de chasse et d'alimentation dans le sud, seront dévastés par le projet. Leur réseau de rivières sacrées sera également détruit. Cela détruira également leurs pandanus, l'une de leurs principales sources de nourriture. Avec la destruction de leurs rivières, la capacité de survie des Shompen et l'ensemble de leur mode de vie risquent de s'effondrer.

En plus de causer une dévastation sociale et environnementale sans précédent pour les Shompen, ces plans augmentent considérablement leur exposition aux maladies extérieures contre lesquelles ils sont peu immunisés. Comme d'autres peuples non contactés dans le monde, les Shompen sont incroyablement vulnérables à de telles épidémies, qui risquent de les anéantir.

En février 2024, 39 chercheurs experts du génocide issus de treize pays ont écrit à la présidente indienne, décrivant ce mégaprojet comme une "sentence de mort pour les Shompen, constituant le crime de génocide tel que reconnu par le droit international". Ils réclament conjointement l'abandon immédiat de ce projet.

Il est impossible d'imaginer que les Shompen pourront survivre à cette transformation écrasante et catastrophique de leur île.

Visuel du gouvernement indien montrant le projet de mégaport sur l'île de Grande Nicobar, qui constitue l'un des nombreux projets de développement massifs menaçant la destruction de l'environnement de cette île qui représente le seul refuge des Shompen. © Ministry of Ports, Shipping and Waterways

Agir d'urgence pour les Shompen

Bien que d'innombrables personnes et organisations en Inde aient demandé l'abandon du projet, le gouvernement indien semble déterminé à aller de l'avant. Plus inquiétant encore, le ministère de l'Environnement, des forêts et du changement climatique a déjà délivré des permis pour l'abattage de plus de 800 000 arbres, sans le consentement des Shompen et des Nicobarais.

Survival lance un appel aux citoyens du monde entier pour qu'ils veillent à ce que ce projet extrêmement destructeur soit arrêté.

Les Shompen vivent sur l'île de Grande Nicobar depuis environ 10 000 ans et ont tout à fait le droit de continuer à le faire, mais leur survie même est maintenant en jeu. Ils ont besoin de toute urgence que le plus grand nombre possible de personnes dans le monde défendent leurs droits s'ils veulent survivre à cette menace qui pèse sur leur existence.

 

Homme shompen dans la forêt tropicale de l'île de Grande Nicobar. © Andaman Nicobar Collective

 

 

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