© Wolfgang Schmidt/Right Livelihood Foundation


Davi Kopenawa, un chamane amazonien, s’étonne que les Blancs aient besoin de mots spéciaux comme “écologie” ; prendre soin de la nature fait partie de la vie quotidienne normale de son peuple, les Yanomami.

« Dans la forêt, c’est nous, les êtres humains, qui sommes l’écologie […]. Les paroles de l’écologie ce sont nos anciennes paroles, celles qu’Omama [dieu créateur yanomami] a données à nos ancêtres […]
Les Blancs, qui autrefois ignoraient toutes ces choses, commencent aujourd’hui à les entendre. C’est pourquoi certains d’entre eux ont inventé de nouvelles paroles pour protéger la forêt. Ils se disent maintenant gens de l’écologie car ils sont inquiets de voir leur terre devenir de plus en plus chaude […]
Nous sommes les habitants de la forêt. Nous sommes nés au centre de l’écologie et y avons grandi […]


© Fiona Watson/Survival


Autrefois, nos anciens n’ont pas pu faire entendre leurs paroles sur la forêt aux Blancs car ils ne connaissaient pas leur langue. Et ces derniers, lorsqu’ils sont arrivés chez eux, ne parlaient pas encore d’écologie ! Ils étaient plutôt impatients de leur demander des peaux de jaguars, de pécaris et de chevreuils ! À cette époque, ils ne possédaient aucune parole pour protéger la forêt. Elles sont apparues dans leurs villes il n’y a pas très longtemps […]

Je pense qu’ils ont pris peur d’avoir tant ravagé les endroits où ils vivent. Au début, lorsque j’étais très jeune, je n’ai jamais entendu les Blancs parler de protéger la nature […].

Une fois que les récits de l’écologie ont surgi dans les villes, nos paroles sur la forêt ont pu se faire entendre à leur tour. Les Blancs ont commencé à m’écouter et à se dire : « Haixopë ! Alors c’est vrai, les ancêtres des habitants de la forêt possédaient déjà l’écologie ! »

Lorsqu’ils parlent de la forêt, les Blancs utilisent souvent une autre parole, celle de “milieu naturel”. Cette parole n’est pas non plus l’une des nôtres et nous l’ignorions encore il y a peu. Pour nous, ce que les Blancs nomment ainsi, c’est ce qui reste de la terre et de la forêt blessées avec leurs machines. C’est ce qu’il reste de tout ce qu’ils ont détruit jusqu’à présent […]

Si les Blancs se mettent aujourd’hui à parler de protéger la nature, ils ne doivent pas nous mentir de nouveau comme l’ont fait leurs anciens.


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Chez eux, les Blancs l’ont déjà défrichée presque toute entière. Ils n’en gardent que quelques fragments qu’ils ont entourés de clôtures. Je pense qu’ils ont maintenant l’intention de faire de même avec la nôtre. Cela nous attriste et nous rend inquiets. Nous ne voulons pas que notre forêt soit dévastée et que les Blancs finissent par ne nous céder que des petits morceaux épars de ce qu’il restera de notre propre terre […] !


© Fiona Watson/Survival


La protection de la nature, comme le disent les Blancs, ce sont les habitants de la forêt, ceux qui, depuis le premier temps, vivent sous le couvert des arbres […]

Pourtant, très nombreux sont ceux qui continuent à ignorer nos paroles. S’il arrive parfois qu’elles parviennent à leurs oreilles, leur pensée demeure close. Peut-être leurs enfants et leurs petits-enfants pourront-ils un jour les entendre ? Ils se diront alors que ce sont des paroles de vérité, claires et droites. Ils percevront combien la forêt est belle et […] ils se rendront compte du fait que ce ne sont pas les Blancs qui l’ont créée, ni elle ni ses habitants, et que, une fois détruits, leurs gouvernements ne pourront plus les faire revenir à l’existence. »

 

Davi Kopenawa Yanomami est un chamane et leader du peuple yanomami, connu comme le « dalaï-lama de la forêt amazonienne ». Il a passé sa vie à défendre avec passion et détermination son peuple et sa terre et à s’élever contre la destruction de l’Amazonie. Pour ce travail important, il a reçu, avec l’organisation yanomami Hutukara, le Right Livelihood Award 2019, connu sous le nom de « Prix Nobel alternatif ».

 


Cet extrait est tiré de son livre, La Chute du ciel, édité pour des questions de longueur.