Inde : Le Covid-19 frappe un peuple non contacté dans les îles Andaman

Boa Sr, la dernière locutrice d‘une des grandes langues andamanaises. Elle est décédée en janvier 2010.

Boa Sr, la dernière locutrice d‘une des grandes langues andamanaises. Elle est décédée en janvier 2010.

© Alok Das/Survival

Au moins cinq membres du peuple des Grands Andamanais des îles Andaman, en Inde, auraient été testés positifs au Covid-19. Deux d’entre eux ont été admis à l’hôpital. Les îles Andaman ont connu un total de près de 3000 cas confirmés de Covid et 37 décès sur une population d’environ 400.000 habitants.

Les Grands Andamanais sont un petit groupe d’un peu plus de 50 survivants, contre plus de 5000 lorsque les Britanniques ont colonisé les îles dans les années 1850. Ils souffrent des conséquences à long terme de maladies introduites par cette occupation brutale. La tuberculose et l’alcoolisme sont très répandus, ce qui les rend particulièrement vulnérables au Covid-19. En avril de cette année, Licho, la dernière locutrice de la langue sare des Grands Andamanais, est morte après avoir souffert pendant des années de multiples problèmes de santé, dont la tuberculose chronique.

Licho était la dernière à parler la langue sare des Grands Andamanais.

Licho était la dernière à parler la langue sare des Grands Andamanais.

© Anvita Abbi

La sécurité des autres peuples des îles Andaman, dont les Jarawa et les Sentinelles, un peuple non contacté, suscite également des inquiétudes croissantes. Au début du mois d’août, il a été rapporté que cinq membres du personnel social travaillant avec le peuple jarawa avaient été testés positifs au Covid-19. Pourtant les braconniers continuent d’envahir leur territoire, risquant d’y introduire le virus. La semaine dernière, huit pêcheurs ont été arrêtés pour être entrés illégalement sur le territoire des Jarawa.

Les autorités andamanaises ont cherché à protéger le peuple en limitant la circulation sur la route illégale qui traverse leur territoire et en les informant des dangers du Covid. Cependant, les Jarawa continuent d’être menacés par le personnel social qui n’a pas été suffisamment mis en quarantaine et par les braconniers qui pénètrent dans leur forêt afin de voler les animaux sur lesquels le peuple compte pour survivre.

Les Jarawa sont un peuple nomade de chasseurs-cueilleurs qui n’ont de contacts amicaux avec les colons voisins de leur territoire que depuis 1998. En raison de leur isolement, de contacts relativement récents et de l’impact de deux épidémies de rougeole, ils sont également susceptibles d’être particulièrement exposés au virus.

Les Sentinelles, qui sont le peuple le plus isolé du monde, sont extrêmement vulnérables aux maladies provenant de l’extérieur. En pleine pandémie mondiale, le risque d’une infection dévastatrice est donc encore plus grand. Sans une patrouille appropriée dans les eaux entourant leur île, ils risquent d’entrer en contact avec des braconniers qui pêchent et plongent illégalement pour trouver des homards.

Au lendemain du tsunami de 2004, ce membre du peuple sentinelle a été photographié en train de tirer des flèches sur un hélicoptère.

Au lendemain du tsunami de 2004, ce membre du peuple sentinelle a été photographié en train de tirer des flèches sur un hélicoptère.

© Indian Coastguard/Survival

Sophie Grig, chercheuse chez Survival, a déclaré aujourd’hui : « Il est extrêmement alarmant que des membres du grand peuple andamanais aient été testés positifs au Covid-19. Ils ne sont que trop conscients de l’impact dévastateur des épidémies qui ont décimé leur peuple. Les autorités andamanaises doivent agir de toute urgence pour empêcher le virus d’atteindre un plus grand nombre de Grands Andamanais et pour prévenir l’infection au sein des autres peuples. Les eaux autour de North Sentinel doivent être correctement surveillées et aucun intrus ne doit pénétrer sur le territoire des peuples andamanais sans leur consentement. »

Le Covid-19 a déjà frappé durement des peuples au Brésil et au Pérou, y compris des peuples amazoniens isolés comme les Arara récemment contactés sur le territoire de Cachoeira Seca (cascade sèche). On craint pour la sécurité des peuples non contactés là-bas, notamment pour un groupe de 10 personnes autochtones non contactées qui sont entrées dans une communauté autochtone de la région amazonienne occidentale du Brésil au début du mois.