Survival célèbre 40 ans de campagnes pour la défense des droits des peuples indigènes

Yanomami, Demini, Brésil
Yanomami, Demini, Brésil
© Fiona Watson/Survival

L’organisation de droits de l’homme Survival International, qui célèbre ce mois-ci son quarantième anniversaire, retrace quelques-unes des grandes avancées en matière de droits des peuples indigènes depuis l’année de sa création, en 1969.

Survival concentre ses efforts sur les peuples les plus vulnérables du monde. Les campagnes que l’organisation a mené en coordination avec les peuples indigènes et les ONG locales ont abouti à de nombreuses victoires, dont parmi les plus marquantes :

1992 : création du Parc Yanomami au Brésil. Dans les années 1980, en l’espace de sept ans, un cinquième des Indiens yanomami avait succombé à une invasion massive d’orpailleurs, mais depuis que leur territoire a été officiellement reconnu et protégé, les Yanomami ont retrouvé un équilibre démographique et sont en pleine croissance.

2004 : reconnaissance du droit à l’autodétermination des Jarawa. Dans les années 1990, le gouvernement indien projetait de sédentariser de force la tribu isolée des Jarawa des Iles Andaman dans des villages à l’extérieur de la forêt, ce qui les aurait anéantis.

2006 : victoire juridique des "Bushmen du Kalahari":https://www.survivalfrance.org/peuples/bushmen. Les Bushmen avaient été expulsés de la Réserve du Kalahari central en 2002 pour ouvrir leurs terres à l’exploitation diamantifère. Avec le soutien de Survival, les Bushmen ont gagné un procès devant la Haute Cour du Botswana qui a confirmé leur droit de vivre sur leur terre. La campagne de Survival, menée conjointement avec les Bushmen, visait également la groupe De Beers qui a finalement dû abandonner ses opérations de prospection diamantifère en territoire bushman.

Survival est le seul mouvement mondial de cette envergure à soutenir les peuples indigènes du monde entier par des campagnes d’opinion. L’organisation a contribué à impulser des changements majeurs en faveur des peuples indigènes qui les ont aidés à mieux défendre leurs droits.

Stephen Corry, directeur de Survival International, constate : ‘Les droits des peuples indigènes sont désormais inscrits dans le droit international et dans les Constitutions de plusieurs pays, en particulier d’Amérique latine. Le mouvement indigène dispose aujourd’hui d’une voix de plus en plus forte et n’a jamais été aussi influent. Les tribus isolées et non contactées menacées de disparition attirent enfin l’attention de l’opinion publique internationale.

‘Les attitudes ont également changé : naguère perçus comme des populations fossiles, les peuples indigènes apparaissent aujourd’hui clairement porteurs d’avenir, tant par leurs modèles de développement durable (que l’écologisme a redécouverts) que par les valeurs qui soudent encore leurs sociétés.

‘Leur situation s’est considérablement améliorée depuis 1969. Bien sûr nous continuons à assister à la disparition de tribus entières, les peuples indigènes sont toujours méprisés, expulsés de leurs terres et dans de nombreux cas, tués par ceux qui convoitent leurs terres et leurs ressources.

‘Je me félicite des nombreux succès que Survival a remportés et qui ont jalonnés toutes ces années de lutte aux côtés des peuples indigènes. Mais il reste encore un long chemin à parcourir avant de déclarer que notre action n’est plus nécessaire’.

Note aux rédactions :

Survival International ne prétend pas être le seul instigateur des succès mentionnés plus haut ou ci-après. Ils ont tous été le fruit d’une étroite collaboration avec les communautés indigènes et les organisations indigènes et indigénistes locales. Nos campagnes ne visent qu’à amplifier à l’échelle internationale les luttes que mènent les peuples indigènes. D’autres ONG et de nombreux particuliers ont également joué un rôle important dans ces campagnes.

En dehors de ceux mentionnées plus haut, d’autres succès marquants sont à noter :

1974 : Soutien aux Indiens andoke de Colombie. Presque totalement décimés durant le ‘Boom’ du caoutchouc, Survival les a aidés à sortir de la situation d’esclavage pour dette dans laquelle ils se trouvaient depuis le début du XXe siècle.

1987 : Retrait de la Banque mondiale. La Banque suspend le financement du programme unanimement controversé ‘Transmigration’ du gouvernement indonésien qui a déplacé des millions d’Indonésiens des îles centrales vers des régions reculées telles que la Papouasie – spoliant ainsi les tribus papoues de leurs terres.

1989-90 : Programme de santé d’urgence au Brésil. Survival finance un programme de santé d’urgence pour les Yanomami afin d’éradiquer la propagation de la malaria qui les décimait. Le projet a ensuite été développé par une ONG brésilienne qui a formé les Yanomami aux soins médicaux.

1993 : Pression sur la Colombie. Le gouvernement créé une réserve pour les Indiens nomades nukak. La réserve a été agrandie en 1997.

1997 : Accord de Paix avec les Jumma du Bangladesh. Le gouvernement signe un accord de paix avec le peuple jumma des Chittagong Hill Tracts qui l’engage à retirer les campements militaires de la région et à mettre fin à la violence et à la spoliation des terres des Jumma. La plupart des clauses de l’accord n’ont pas encore été remplies, mais le gouvernement actuel s’est engagé à le faire.

1999 : Pression sur les compagnies pétrolières en Sibérie. Un gouverneur régional a adopté un moratoire de 5 ans sur toutes les licences pétrolières accordées sur le territoire des chasseurs-cueilleurs yugan khanty en Sibérie. Dans d’autres régions, la prospection pétrolière avait pollué les forêts et les rivières rendant la terre inhabitable pour les Khanty.

2002 : Décision juridique en faveur d’une tribu isolée. La Cour suprême indienne ordonne la fermeture d’une route qui traverse le territoire de la tribu isolée des Jarawa. Cependant, la route reste ouverte, en violation du verdict de la Cour.

2003 : Homologation du territoire awá. Après vingt ans de campagne menée par Survival, le gouvernement brésilien protège le territoire des Indiens nomades awá dont certains sont encore non contactés. L’invasion de leur terre leur avait apporté maladies et violence et avait fait de nombreux morts parmi les Awá.

2007 : Pression sur l’Ethiopie. Le gouvernement rompt son accord avec l’organisation conservationniste African Parks qui était chargée de gérer le parc national de l’Omo, terre des Mursi et d’autres peuples indigènes. African Parks n’avait pas consulté les principaux intéressés et leur avait interdit la chasse et l’agriculture dans le Parc.