Tués au nom du ‘progrès' : commémoration du 25e anniversaire d'une chasse à l'homme meurtrière

Erui photographié en 2012, et sa femme Bajo, photographiée après sa capture en 1986.

Erui photographié en 2012, et sa femme Bajo, photographiée après sa capture en 1986.

© Survival

Les Indiens ayoreo du Paraguay ont solennellement commémoré le 25e anniversaire de la dernière chasse à l’homme au cours de laquelle plusieurs dizaines des membres de leur tribu isolée furent capturés et cinq d’entre eux tués.

L’organisation missionnaire fondamentaliste nord-américaine New Tribes Mission, étroitement impliquée dans cette chasse à l’homme, avait été, à l’époque, au centre d’une vague d’indignation internationale.

Il existe un enregistrement sonore de l’attaque des Indiens isolés (enregistrement mp3).


Enregistrement sonore de l’attaque des Ayoreo.

Durant les mois qui suivirent leur capture, de nombreux Ayoreo furent atteints de graves maladies contre lesquelles ils n’avaient aucune immunité.

Erui, un Ayoreo, a raconté à un représentant de Survival comment sa femme Bajo et lui avaient été expulsés de leur forêt au nord du Chaco lors de la chasse à l’homme de décembre 1986 : ‘Ma femme était en bonne santé lorsqu’elle est sortie de la forêt, mais elle est tombée très malade quand nous avons été sédentarisés et elle était très déprimée. Elle est morte en l’espace de deux mois. Avant, dans la forêt, elle était en bonne santé. Mais sa maladie était si puissante qu’elle a eu raison d’elle’.

Les problèmes de santé continuent de dévaster la tribu aujourd’hui. Parojnai, un Ayoreo contacté en 1998, est mort en 2008, probablement de tuberculose. Sa veuve, Ibore, a été emportée l’an dernier par la même maladie.

Parojnai, le jour suivant son contact, en 1998, en pleine forme, puis peu de temps avant de mourir de tuberculose, en 2008.

Parojnai, le jour suivant son contact, en 1998, en pleine forme, puis peu de temps avant de mourir de tuberculose, en 2008.

© Survival

Bien que la chasse à l’homme appartienne désormais à un passé révolu, le danger du contact forcé est grandissant au fur et à mesure que les éleveurs abattent les forêts abritant les derniers Indiens isolés.

Au début du mois, Survival a diffusé une information émanant du gouvernement paraguayen qui confirmait la présence d’Ayoreo isolés dans une ferme ayant illégalement abattu la forêt pour faire place à l’élevage bovin.

Erui a déclaré : ‘Ma famille vit toujours dans la forêt, mais tous les arbres autour de notre territoire ont été abattus, cela nous préoccupe énormément’.

Stephen Corry, directeur de Survival International, a déclaré aujourd’hui : ‘L’histoire personnelle de Erui n’est qu’une tragédie consécutive au contact parmi des milliers d’autres qui ont déjà fait de nombreuses victimes. Cette dernière chasse à l’homme au Paraguay met en évidence l’extrême violence du contact non désiré – ainsi que le traumatisme qu’il laisse derrière lui, en particulier sous la forme de maladies dévastatrices. Combien de fois faudra-t-il le prouver?’