Brésil : les feux en Amazonie menacent la survie de peuples non contactés

Maison communale de personnes non contactées à lintérieur du territoire de Uru Eu Wau Wau, photographiée en 2005.

Maison communale de personnes non contactées à lintérieur du territoire de Uru Eu Wau Wau, photographiée en 2005.

© Rogério Vargas Motta/IBAMA

La survie de plusieurs peuples non contactés est maintenant menacée après que des incendies aient été déclenchés à l’intérieur de leurs territoires. Les activistes ont décrit les incendies d’Amazonie qui ont lieu cette année, et la guerre du président Bolsonaro contre les peuples autochtones, comme « la plus grave menace à la survie des peuples non contactés depuis une génération ».

Quatre territoires autochtones sont confrontés à une crise particulièrement grave :

- La célèbre forêt Papaya sur l’île du Bananal, la plus grande île inter-fluviale du monde. Elle est habitée par le peuple ãwa non contacté. Quatre-vingt pour cent de la forêt a brûlé dans des incendies l’an dernier et, cette année, des incendies ont été observés dans l’une des dernières zones de forêt intacte. Plus de 100.000 bovins paissent désormais sur l’île.

- Le territoire Ituna Itatã (“Odeur du feu”) dans l’État du Pará, habité exclusivement par des Indiens non contactés. Cette réserve a été le territoire autochtone le plus fortement déboisé en 2019 suite à l’invasion d’accapareurs de terres et d’éleveurs de bétail. Au cours des quatre premiers mois de 2020, 1.319 hectares de forêt supplémentaires ont été détruits, soit une augmentation de près de 60 % par rapport à la même période l’année dernière.

- Le territoire d’Arariboia, situé à l’est de l’Amazonie dans l’État du Maranhão. Des Awá non contactés habitent ce territoire, qui a déjà été fortement envahi. Les Gardiens de l’Amazonie, du peuple voisin guajajara, avertissent quotidiennement que les bûcherons illégaux détruisent la forêt à un rythme alarmant. (Le peuple ãwa de l’île du Bananal et le peuple awá de l’État de Maranhão sont des peuples distincts.)

- Le territoire d’Uru Eu Wau Wau. Des Indiens non contactés à l’intérieur de ce territoire ont tué le célèbre expert de l’Amazonie Rieli Franciscato le mois dernier. Des militants craignent que le groupe ne soit forcé de quitter la forêt à cause des invasions.

Incendies dans la réserve dArariboia, où vivent des Awás non contactés, 2020.

Incendies dans la réserve dArariboia, où vivent des Awás non contactés, 2020.

© Survival

De nombreux incendies sont déclenchés pour déboiser la forêt amazonienne à des fins d’exploitation forestière et d’élevage, et des millions de tonnes de soja, de bœuf, de bois et d’autres produits sont importés en Europe et aux États-Unis chaque année.

Graphique montrant laugmentation rapide de la déforestation dans le territoire autochtone dItuna-Itatá, au Brésil, habité exclusivement par des peuples non contactés.

Graphique montrant laugmentation rapide de la déforestation dans le territoire autochtone dItuna-Itatá, au Brésil, habité exclusivement par des peuples non contactés.

© Prodes/ Inpe/ Survival

L’APIB (l’Association des peuples autochtones du Brésil) a lancé une campagne pour mettre en lumière les liens entre Bolsonaro, ses partenaires financiers de l’agro-industrie, ainsi que la violence génocidaire commise contre les peuples autochtones dans tout le pays. Ils demandent aux personnes et aux entreprises du monde entier de cesser d’acheter des produits qui alimentent la destruction de leurs territoires.

Survival a lancé une action mondiale demandant aux supermarchés d’Europe et des États-Unis de cesser d’acheter les produits de l’agro-industrie brésilienne tant que les droits des autochtones ne seront pas respectés.

Ângela Kaxuyana, porte-parole de la COIAB, la Coordination des organisations autochtones de l’Amazonie brésilienne, a déclaré : « L’accaparement des terres, la déforestation et les incendies criminels menacent directement la vie de nos proches non contactés. La destruction des territoires qui sont leurs seules sources de vie, d’où ils tirent leur nourriture (faune, flore et eau), pourrait aboutir à leur extermination. »

Tainaky Tenetehar, l’un des Gardiens guajajara qui protègent le territoire d’Arariboia pour le peuple guajajara et ses voisins awá non contactés, a déclaré aujourd’hui : « Nous nous battons pour protéger cette forêt, et beaucoup d’entre nous ont été tués en le faisant, mais les envahisseurs continuent d’arriver. Ils ont tellement abîmé la forêt ces dernières années que leurs incendies sont maintenant beaucoup plus importants et plus graves qu’avant, car la forêt est trop sèche et vulnérable. Les bûcherons doivent être expulsés. Alors seulement les Awá non contactés pourront survivre et prospérer. »

Sarah Shenker, chercheuse senior chez Survival, a déclaré : « Dans de nombreuses régions du Brésil, les territoires des peuples non contactés sont les dernières zones importantes de forêt tropicale qui demeurent. Ils sont aujourd’hui la cible d’accapareurs de terres, de bûcherons et d’éleveurs, encouragés par le soutien que leur apporte ouvertement Bolsonaro. Les consommateurs américains et européens doivent comprendre qu’il existe un lien direct entre les aliments présents sur les rayons de leurs supermarchés et cette destruction génocidaire – et agir en conséquence. Les peuples non contactés sont les peuples les plus vulnérables de la planète, mais aussi les meilleurs gardiens de la nature – et ce de loin. Nous ne pouvons pas laisser leur terre partir en fumée. »