Visite de Barbara Pompili en Inde : la France affiche son soutien à un modèle de conservation qui bafoue les droits humains

La visite de la ministre dans le parc de Kaziranga a passé sous silence les violences commises contre les peuples autochtones par les gardes parcs au nom de la protection de la nature.

La visite de la ministre dans le parc de Kaziranga a passé sous silence les violences commises contre les peuples autochtones par les gardes parcs au nom de la protection de la nature.
© Survival

Pendant sa visite officielle en Inde, la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, s’est rendue dimanche 31 janvier dans le parc national controversé de Kaziranga. Cette visite du parc a suscité les critiques de militants et d’organisations, dont Survival International.

Le parc national, situé dans l’Etat d’Assam, est basé sur le modèle raciste et colonialiste de la “conservation-forteresse”. Il est tristement connu pour les violences et violations des droits humains commises contre les peuples autochtones et communautés locales qui vivent autour et qui ont été expulsés de leur terre ancestrale pour faire place au parc.

Ceux-ci risquent d’être arrêtés, battus ou torturés s’ils osent retourner sur leurs terres, car le parc applique la fameuse politique anti-braconnage du “tir à vue”, à savoir que les gardes de Kaziranga ont pour instruction de tirer sur tous les “intrus”.

Le parc applique la fameuse politique anti-braconnage de “tir à vue”

Le parc applique la fameuse politique anti-braconnage de “tir à vue”
© Survival

En l’espace de vingt ans, 106 personnes y auraient été tuées dont un homme autochtone gravement handicapé qui avait erré dans les limites non balisées du parc. En juillet 2016, les gardes ont tiré sur un garçon autochtone alors âgé de sept ans, Akash Orang. Il est maintenant mutilé à vie.

De nombreux villages sont menacés d’expulsion car le parc a doublé sa taille initiale ; cela représente des centaines de familles. En 2016, trois villages ont été expulsés au nom de la protection de l’environnement, ce qui a fait une vingtaine de blessés et causé la mort de deux personnes. Des scènes troublantes de ces expulsions peuvent être vues ici.

Le gouvernement français soutient ce modèle inhumain de protection de la nature : depuis 2012 au moins, la France contribue directement, par le biais de l’Agence française de développement (AFD), au financement de l’équipement et du “renforcement des capacités” des gardes forestiers responsables des atrocités.

Cette réalité devrait être connue de la ministre Barbara Pompili puisque Survival International a eu l’occasion de l’avertir des abus liés à ce modèle de conservation de la nature, y compris en Inde.

Pranab Doley, militant adivasi du peuple mising, a déclaré dans une publication Facebook :
« Barbara Pompili, fervente partisane de la conservation-forteresse, ignore la réalité des choses et se présente comme une touriste de haut niveau qui ne respecte pas les droits des personnes. »

Fiore Longo, chargée de la campagne de Survival Décoloniser la protection de la nature, a déclaré : « Le gouvernement français dans son ensemble, et à l’initiative du président Emmanuel Macron, a montré son “allégeance” au modèle de conservation-forteresse en soutenant le projet visant à transformer 30 % de la Terre en aires protégées lors du One Planet Summit, signifiant clairement qu’il ne se soucie guère des droits des peuples autochtones. Ce projet serait une catastrophe pour des millions de personnes et ne sauvera en rien la biodiversité. Survival se bat pour que les droits des peuples autochtones soient placés au centre du mouvement de conservation de la nature. »

Lors d’une récente conférence au Parlement européen, co-organisée par Survival, Pranab Doley avait d’ailleurs déclaré à ce sujet : « L’histoire a oublié les habitants des forêts qui se sont historiquement sacrifiés pour le parc national et pour les animaux. L’histoire de la conservation est parsemée de la colonisation et de l’appropriation de nos efforts. Notre travail doit être reconnu […] Nous avons besoin que les gens se joignent à nous pour faire entendre nos voix car nous avons été battus, torturés, assassinés au nom de la conservation de la nature. »