Graves exactions de l’armée indonésienne à l’encontre de Papous d’Irian Jaya

‘Si vous leur demandez s'ils sont d'accord pour quitter la région, bien sûr ils seront d'accord : parce qu'ils ont un pistolet sur la tempe'
Un leader amungme

Une enquête menée par les trois principales églises d'Irian Jaya (Papouasie occidentale) vient de révéler que les troupes indonésiennes se sont rendues coupables de meurtres et de viols à l'encontre de Papous. Elle apporte la preuve que onze personnes ont été tuées, deux ont disparu et qu'au moins cent onze sont mortes de faim ou de maladie dans seulement trois villages. Des femmes et des petites filles d'à peine trois ans ont subi des viols individuels ou collectifs.

La Commission nationale des Droits de l'Homme indonésienne a confirmé que de graves exactions y compris des meurtres ont été commis. Ses recherches ont été centrées sur la région de la mine géante de cuivre et d'or Grasberg, multinationale anglo-américaine, et dans les villages amungme et nduga de Bela, Alama et Mapnduma situés à 150 km à l'est.

L'oppression militaire indonésienne s'étend sur la totalité de l'Irian Jaya. La zone de la mine Grasberg connait l'une des plus fortes concentrations de soldats en Indonésie; l'armée a aussi occupé et bouclé la région des villages de Bela, Alama et Mapnduma en empêchant leurs habitants de les quitter et accusant quiconque est vu dans la forêt de liens avec l'OPM (Mouvement pour la libération de la Papouasie), une organisation qui résiste à l'occupation indonésienne depuis 35 ans).

En raison des restrictions de l'armée, les villageois ne peuvent se rendre à leurs plantations ni chasser dans la forêt au risque d'être tués. La peur a fait fuir des centaines de gens dont beaucoup sont morts de faim ou de maladie. Le Comité international de la Croix Rouge rapporte que plus de la moitié de la population indigène de la région souffre de malnutrition et que la quasi totalité est atteinte de paludisme, maladie autrefois rare. Un seul village a perdu 20% de sa population. Une grande partie de l'aide qui est leur est destinée est détournée par l'armée.

Les Nduga et les Amungme sont des habitants des hautes terres qui vivent de l'agriculture sur brûlis et de la chasse; ils élèvent aussi des porcs qui ne sont consommés que dans certaines occasions. Depuis qu'ils sont retenus dans leurs villages, ils ont des difficultés à se nourrir, leurs jardins cultivés et leurs terrains de chasse étant souvent situés loin de leurs habitations. De plus, leurs porcs ont maintenant été tués ou volés par les soldats.

Cette déplorable situation est encore aggravée par l'inexistence totale de droits territoriaux en Indonésie. Celle-ci ne reconnaît pas le droit des peuples indigènes à posséder leurs propres terres et à disposer de leurs propres ressources, un droit pourtant inscrit dans la législation internationale. C'est en effet le régime de l'‘adat' qui est appliqué pour les peuples indigènes, un système ancien et complexe de droits communautaires en vigueur dans toute l'Asie du Sud-est, à condition toutefois qu'il ne se heurte pas au prétendu ‘intérêt national', c'est-à-dire aussi longtemps que la terre n'est pas convoitée par des compagnies multinationales ou des entreprises dirigées par l'armée. Ce régime ignore totalement la présence de ces peuples sur ces terres depuis 40 000 ans.

En Indonésie toutes les forêts et leurs ressources naturelles sont contrôlées par l'état. Les 31 millions d'habitants indigènes des forêts indonésiennes et le million de Papous d'Irian Jaya sont totalement privés de contrôle sur leurs terres. En fait, l'exploitation des forêts et des mines est majoritairement entre les mains de compagnies privées qui ont le pouvoir d'empêcher les indigènes de pénétrer sur leurs propres terres.

Le nouveau gouvernement indonésien poursuit en Irian Jaya la politique forcenée d'exploitation des ressources naturelles du régime de l'ex-président Suharto, en ignorant que, selon la législation internationale, elles sont la propriété des habitants indigènes. L'armée est utilisée pour écraser toute opposition. Tant que les forces armées commettront des exactions et que les droits territoriaux des peuples indigènes ne seront pas reconnus, la population d'Irian Jaya continuera à perdre ses terres et la vie au nom de l' "intérêt national".