Le gouvernement éthiopien réprime les opposants au barrage

Une jeune-fille de la tribu mursi face aux forces de sécurité éthiopiennes

Une jeune-fille de la tribu mursi face aux forces de sécurité éthiopiennes
© © Magda Rakita/ Survival

Survival International a reçu des rapports selon lesquels une centaine de membres de tribus éthiopiennes ont été arrêtés et incarcérés pour s’être opposés au barrage Gibe III.

Tandis que le projet du barrage et de plantation des terres irriguées voisines commence à se concrétiser, une répression implacable s’abat sur tout mouvement d’opposition.

Des membres d’une communauté indigène ont rapporté avoir entendu d’un policier que le gouvernement était ‘comme un bulldozer, et quiconque s’opposerait à ses projets de développement serait écrasé par lui’.

L’Ethiopie a cédé de grandes étendues de terres tribales du sud de la vallée de l’Omo à des compagnies étrangères et nationales pour y cultiver la canne à sucre destinée à la production d’agrocarburants. Ces plantations seront alimentées par les eaux du barrage.

Les communautés indigènes installées sur les terres affectées au développement sont assiégées et intimidées par les forces de sécurité.

Le climat de terreur alimenté par la police secrète et l’armée s’accroît dans la région. Ceux qui ont fait l’objet d’une condamnation pénale au cours des dix dernières années sont systématiquement arrêtés et toute personne manifestant son opposition aux spoliations territoriales est brutalisée ou menacée d’emprisonnement.

On signale également des viols de femmes et le vol de bétail, source de vie pour les tribus de l’Omo.

Jeunes garçons hamar, le corps peint à la cendre. Les Hamar sont également menacés par le barrage Gibe III

Jeunes garçons hamar, le corps peint à la cendre. Les Hamar sont également menacés par le barrage Gibe III
© Magda Rakita/Survival

Stephen Corry, directeur de Survival International, a déclaré aujourd’hui : ‘Le gouvernement éthiopien et ses soutiens étrangers sont décidés à spolier les terres des tribus de l’Omo et à anéantir leurs moyens de subsistance. Ils veulent réduire les tribus à un état de dépendance et jeter en prison tous les opposants au nom du ‘progrès’ et du ‘développement’. Ces agissements sont scandaleux et criminels, ils doivent être vigoureusement combattus par tous ceux qui se soucient des droits fondamentaux de l’homme’.

La centaine de personnes arrêtées fin septembre sont des membres des tribus mursi et bodi.

La basse vallée de l’Omo est un site préhistorique de renommée mondiale inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. Elle inclut deux parcs nationaux, et abrite environ 200 000 agro-pasteurs semi-nomades.

Un pasteur suri a dénoncé que le barrage de Gibe III et l’expulsion des tribus de leurs terres, signifiait ‘la fin du pastoralisme dans le sud de l’Ethiopie’.