Les Awá du Brésill sont la tribu la plus menacée au monde. Des années de déforestation illégale et de spoliations les ont conduits au bord de l’extinction. Hormis les bûcherons et leurs fusils, l’un des plus graves problèmes auxquels ils sont confrontés est étroitement lié à l’illusion colonialiste selon laquelle les Indiens d’Amazonie seraient inévitablement condamnés par la ‘modernité’.

Si cette opinion a influencé des générations entières, elle est totalement irraisonnée : en prétendant que ces populations ‘rétrogrades’ ont tout à gagner de la ‘civilisation’ on tend à les faire disparaître en tant que peuples. Pire encore, ce point de vue est fondamentalement raciste : les faits ont prouvé le contraire de manière criante et à notre grande honte.

La survie des Awá est subordonnée à la protection de leur territoire.La survie des Awá est subordonnée à la protection de leur territoire.

© Survival International

Lorsqu’un peuple est privé de sa terre, il ne peut tout simplement pas survivre. En revanche, lorsque celle-ci est protégée, la plupart de ses problèmes disparaissent. Cela peut se produire si personne ne convoite tel ou tel territoire autochtone parce qu’il est difficilement accessible ou que ses ressources sont insuffisantes, mais surtout s’il y a une réelle volonté politique suivie de mesures concrètes pour garantir son inviolabilité. Tout peuple, lorsqu’il a la chance de pouvoir rester sur son propre territoire, est en mesure de s’adapter au changement, mais à son propre rythme.

Il se peut que certains individus aspirent à explorer le monde extérieur, mais la plupart rentreront chez eux car la vie dans leur territoire présente des avantages inestimables comparée à celle, misérable, qu’ils mènent dans les faubourgs urbains déshérités où ils trouvent généralement refuge.

L’intégration de ces peuples à la société dominante équivaut à les priver de leur autonomie et à les condamner au niveau de vie le plus bas de l’échelle sociale, si ce n’est à la mort.

Nous sommes toutefois intimement convaincus que si les gouvernements respectent leurs droits fondamentaux et appliquent les lois en vigueur dans leurs pays, il y aura toujours des Indiens en Amazonie à la fin de ce siècle.

Les plus cyniques répondront probablement que tout cela n’est qu’utopie, que la loi du profit triomphera toujours. Serions nous encore plus sauvages que ceux que nous avons la prétention de ‘civiliser’, affranchis de toute loi, de toute décence, de toute humanité?

Les Yanomami vivent toujours sur leurs terres - et sont toujours yanomami.Les Yanomami vivent toujours sur leurs terres – et sont toujours yanomami.
© Survival

Durant plus de 40 ans d’existence, Survival a assisté et accompagné la reconnaissance légale d’un grand nombre de territoires autochtones. Le cas le plus marquant a été celui des Yanomami, le plus grand groupe indien d’Amazonie brésilienne, dont le territoire a été reconnu en 1992, aboutissement d’une campagne que nous avons menée conjointement avec des organisations brésiliennes durant une vingtaine d’années. Autrefois menacés dans leur vie même par l’invasion constante de leurs terres, ils sont, aujourd’hui encore, des Yanomami.

Il ne fait aucun doute que les Awá survivront, mais à la condition décisive que l’opinion publique se mobilise avec la même énergie pour exiger la protection de leur territoire.

Stephen Corry est directeur de Survival International et auteur de ‘Tribal Peoples for Tomorrow’s World’, Freeman Press, 2011.

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