Le travail du photographe controversé Jimmy Nelson a été critiqué dans le monde entier par des peuples autochtones, Survival International ainsi que par de renommés photographes.

Benny Wenda, Chef tribal papou :

‘Ce que Jimmy Nelson dit de nous est faux. Mon peuple, les Dani, n’a jamais été un peuple de chasseurs de têtes, cela n’a jamais été notre tradition. Les véritables chasseurs de têtes sont les militaires indonésiens qui ont tué mon peuple. Mon peuple est encore fort et nous luttons pour notre liberté. Nous ne ‘disparaissons’ pas, nous sommes tués par la brutalité des soldats indonésiens. Voilà la vérité.’

© Sophie Pinchetti/Survival

John Edwin Mason, Président associé du département d’histoire à l’université de Virginie dans le magazine American Photo magazine, 2 mars 2015

‘Cette idée du ‘noble sauvage’ nous renvoie plusieurs centaines d’années en arrière – idée selon laquelle il existerait quelque part des gens qui n’auraient jamais été corrompus par notre civilisation et sa technologie et qui auraient conservé toute leur pureté. Nelson est allé les chercher, puis il a mis en scène ces magnifiques photographies, parfaites d’un point de vue technique. Mais ces portraits n’offrent qu’un fantasme aux observateurs, qui sont pour la plupart des occidentaux aisés. C’est un fantasme qui, à mes yeux, nous en dit beaucoup plus sur les personnes qui consomment ces images que sur les personnes qui en sont les prétendus sujets.
Si ces modes de vie sont en train de disparaître, alors quelles en sont les raisons? Et qu’est ce que cela a à voir avec nous, les observateurs ? Il s’avère que cela a grandement à voir avec nous. Mais ça, nous ne le percevons pas dans ces images.’

JDHQ, Blogger maori, ‘Nous ne sommes pas encore morts’, 11 novembre 2013

‘Le titre de votre travail est trompeur, et livre une fausse image. Ce que je veux dire, c’est que les Maoris ne sont pas une espèce en voie de disparition, et nous n’avons pas besoin que vous nous représentiez de la sorte pour les besoins de votre livre. Jimmy Nelson, vous prenez de belles photos, cela ne fait aucun doute, mais je pense vraiment que les hypothèses sur lesquelles repose votre livre sont totalement erronées.
Je vous l’affirme, nous ne sommes pas en train de disparaître.’

Nixiwaka Yawanawá, Indien d’Amazonie de l’Etat d’Acre, Brésil :

‘En tant qu’Indien, je me sens offensé par l’œuvre de Jimmy Nelson ‘Avant qu’ils ne disparaissent’. C’est révoltant! Nous ne sommes pas en train de disparaître, nous luttons pour survivre. La société industrielle cherche à nous détruire au nom du progrès, mais nous n’abandonnerons jamais notre combat pour défendre nos terres et contribuer à la protection de la planète’.

Elissa Washuta, Indienne cowlitz , ‘l’obsession envers les peuples autochtones ‘en voie de disparition’’, Salon magazine, 24 Novembre 2013

’L’œuvre de Nelson est fondée sur une effrayante hypothèse : les peuples autochtones sont au bord de l’extinction. Il ne pouvait pas être plus dans l’erreur’.

Julia Lagoutte ‘Jimmy Nelson se trompe : les peuples autochtones ne sont pas en voie d’extinction, ils luttent contre l’oppression’, openDemocracy, 12 novembre 2014

‘Les tribus photographiées dans le livre de Nelson font face à des menaces constantes : expulsions de leurs terres, meurtres, racisme ou ‘développement’ forcé. Pourtant, l’observateur lambda n’aura aucune idée de la souffrance qui existe derrière chaque mise en scène. Pour les peuples autochtones, bénéficier de l’attention d’un public occidental représente pourtant une opportunité unique pour mettre les gouvernements face à leurs responsabilités. Au lieu de cela, Nelson a sélectionné des éléments pittoresques de chaque lieu où il s’est rendu, ajouté une pincée de contrevérités, effacé tout contexte social et politique et présenté la destruction délibérée de ces peuples, pourtant évitable, comme un fait accompli.’

Commentaires sur la page Facebook de George Takei, acteur américain qui a partagé un article présentant les photographies de Jimmy Nelson.

Jeremy Riley: ‘En tant que Maori, je peux me permettre de dire que le travail de ce photographe, très mal documenté, est franchement offensant.’
Jane Hutchinson: ‘Cette œuvre s’inspire d’idéaux ethnologiques dépassés qui consistent à ‘chosifier’ l’autre’ et à le ’rendre exotique ‘. Ces idéaux moyenâgeux devraient être abandonnés.’