Des Indiens traduits en justice dans l'affaire du massacre de la 'Courbe du diable'

La police lève violemment le blocus d’une route près de Bagua, 5 juin 2009

La police lève violemment le blocus d’une route près de Bagua, 5 juin 2009
© Thomas Quirynen

Cinquante trois personnes sont traduites en justice aujourd’hui au Pérou, inculpées dans le cadre de violents affrontements entre manifestants indiens et policiers qui ont eu lieu il y a cinq ans et qui ont fait trente trois morts.

La violence avait éclaté en juin 2009, après plus de 50 jours de manifestations à l’échelle nationale dirigées par des Indiens d’Amazonie péruvienne contre des projets gouvernementaux visant à priver les Indiens de leurs droits et ouvrir l’Amazonie à l’exploitation pétrolière et minière.

Les affrontements ont eu lieu dans la ville de Bagua au nord de l’Amazonie péruvienne entre les forces policières et des manifestants indiens qui avaient bloqué de manière pacifique une route durant près de deux mois à un site connu sous le nom de ‘Courbe du diable’.

Vingt-trois policiers, cinq Indiens et cinq autres personnes ont été tués et plus de 200 ont été blessés lors de l’incident, selon un rapport de l’Ombudsman péruvien. Des rapports non officiels ont avancé un nombre de morts beaucoup plus élevé.

Alberto Pizango, président de l’AIDESEP, l’organisation des Indiens d’Amazonie, fait partie des accusés. Le procureur a décidé que Pizango devait être emprisonné à perpétuité pour ‘incitation à la violence’.

Depuis les affrontements, plusieurs décrets gouvernementaux ont été abrogés. En 2011, Ollanta Humala, président du Pérou, a approuvé une loi visant à garantir le droit au consentement libre, préalable et éclairé des peuples autochtones concernant les projets les affectant ainsi que leurs terres.

Cependant, le gouvernement a, depuis, approuvé l’expansion controversée du projet gazier de Camisea, qui pénétrera profondément à l’intérieur du territoire d’Indiens isolés.

Le gouvernement péruvien a été fortement critiqué pour son incapacité à prévenir la violence par les Indiens ainsi que par les familles des policiers décédés.

Aucun policier n’a encore été traduit en justice.

Lire le rapport de première main de Survival sur le massacre de Bagua.