Les organisations aborigènes condamnent l'action du gouvernement

La ‘force d'intervention d'urgence’ créée le mois dernier par le gouvernement australien pour lutter contre la violence envers les enfants dans les communautés aborigènes, a vivement été critiquée par les organisations aborigènes.

Le gouvernement est notamment accusé d’avoir exploité cette situation afin de supprimer le contrôle à l’accès de leur territoire qu’exercent les communautés aborigènes isolées. (Jusque-là un permis était nécessaire pour visiter les communautés aborigènes du Territoire du Nord qui avaient ainsi un certain contrôle sur les entrées et la possibilité de refouler ceux qu'ils suspectaient de vouloir les exploiter, tels que les revendeurs de drogue ou les marchants peu scrupuleux d'art aborigène.)

Cette mesure était un objectif à long terme de l’administration Howard.

De plus, le gouvernement a acquis d'office, pour une durée de cinq ans, toutes les communautés aborigènes du Territoire du Nord.

Plusieurs dizaines d'organisations aborigènes ont déclaré dans une lettre ouverte : "Ces mesures vont bien au-delà d'une 'intervention d'urgence'. Elles auront un impact important sur le revenu des Aborigènes, leurs droits territoriaux et leur capacité à choisir librement leurs traitements médicaux.

Certaines de ces mesures affaibliront les communautés et les familles en les privant du droit de prendre des décisions essentielles à leur vie, leur ôtant ainsi toute responsabilité au lieu de leur en donner davantage.

Dans leur forme actuelle, ces mesures manquent leur cible et leur efficacité est plus que douteuse. Elles sont bien trop répressives et dirigistes et ne prévoient aucune ressource complémentaire là où elles sont le plus urgemment nécessaires, notamment en ce qui concerne l'habitat, la protection de l'enfance, la lutte contre les violences domestiques, l'éducation, les services de santé et les programmes de désintoxication.

Ces questions sont soulevées depuis des années par de nombreux leaders aborigènes".

Stephen Corry, directeur de Survival International, a déclaré aujourd'hui : "Les communautés aborigènes, et plus généralement les peuples indigènes du monde industrialisé, connaissent de graves problèmes sociaux, y compris la généralisation de la violence envers les enfants. La cause de ces problèmes est complexe et le gouvernement australien doit faire preuve d’attention et d'engagement sur le long-terme pour les éradiquer. Ce qui nécessite une étroite collaboration avec les communautés et les organisations aborigènes. Un programme d'urgence de protection des enfants est bien entendu essentiel mais il est difficile de comprendre pourquoi cela implique de récupérer les terres aborigènes et de priver les communautés d'un droit de regard sur l’accès à leur territoire".

Germaine Greer, une universitaire australienne renommée, a récemment publié dans le Guardian une critique virulente de l'attitude du gouvernement face à cette crise. Vous pouvez lire son article (en anglais) en cliquant ici.

Notes : La ‘force d'intervention d'urgence du Territoire du Nord’ a été mise sur pied en réponse à un rapport commandé par le gouvernement du Territoire du Nord intitulé ‘Les jeunes enfants sont sacrés’. Le rapport révèle la généralisation des abus sexuels d'enfants dans le Territoire du Nord et conclue que ‘l'abus sexuel des enfants aborigènes est largement dû à l'effondrement de la culture et de la société aborigènes… La plupart des violences et des abus sexuels dans le Territoire du Nord sont une conséquence des problèmes sociaux passés et actuels qui se sont développés depuis plusieurs décennies".

Cliquez ici pour lire le rapport (en anglais).