Violences sexuelles au Sarawak

Des femmes penan ont porté plainte contre des travailleurs de deux compagnies malaisiennes pour harcèlement sexuel et viol sur des jeunes femmes, y compris des écolières.

"je veux faire savoir au monde que les femmes de nos villages sont régulièrement victimes d'abus sexuels de la part des bûcherons", a déclaré une femme penan du moyen Baram.

Les Penan vivent au Sarawak, dans la partie malaisienne de l'Ile de Bornéo. Ils luttent depuis plus de vingt ans contre la destruction de leurs forêts par les compagnies d'exploitation forestière. Les bûcherons mis en cause travaillent pour Samling et Interhill, deux des plus importantes compagnies exploitant le territoire penan.

Selon les enquêtes réalisées par le Bruno-Manser-Fonds, les auteurs de ces crimes se rendent fréquemment dans plusieurs villages penan du moyen Baram à la recherche de femmes. Ils se déplacent en véhicules tout-terrain et sont généralement ivres en arrivant dans les villages.

"Quand nous entendons arriver leurs véhicules, nous abandonnons tout sur place et nous nous réfugions dans la forêt", a déclaré une femme. "Il leur arrive de venir presque toutes les semaines, en particulier durant les vacances scolaires où les écolières sont au village. Dans d’autres cas, les transports scolaires organisés par les compagnies ont été arrangés de telle sorte que les jeunes filles ont dû passer la nuit dans les camps de bûcherons, où elles ont été violées.

Les communautés penan ont dénoncé plusieurs cas de grossesse qui sont la conséquence d'abus sexuels perpétrés par les travailleurs de la compagnie. Elles accusent également les bûcherons de les intimider avec des armes de 'gangsters' et de distribuer de l'alcool aux jeunes penan. Les plaintes déposées par les Penan auprès des responsables des campements de bûcherons ainsi qu'auprès de la police n'ont pour l'instant abouti à aucun résultat.

Compte-tenu de ces faits, le Bruno-Manser-Fonds a demandé au gouvernement malaisien de procéder à une enquête officielle, d'assurer la protection des victimes, et de mettre immédiatement un terme au harcèlement des femmes penan perpétré par les bûcherons.

Par ailleurs, le gouvernement du Sarawak a récemment annoncé qu'il ne reconnaîtrait plus les chefs penan élus de certaines communautés. Cette mesure est perçue comme une tentative pour briser la résistance face à la déforestation.