Un propriétaire terrien défie une ordonnance du tribunal - Les Indiens toujours en otage

La plupart des Guarani, comme la communauté de cette femme, ont été dépossédés de leurs terres au profit de lélevage à grande échelle ou de la canne à sucre.
La plupart des Guarani, comme la communauté de cette femme, ont été dépossédés de leurs terres au profit de lélevage à grande échelle ou de la canne à sucre.
© F. Watson/Survival

Une communauté d’Indiens du Brésil, assiégée par l’éleveur qui a spolié leurs terres est toujours retenue en otage et coupée du monde extérieur, en dépit d’une décision judiciaire qui leur a été favorable.

Les membres de la communauté guarani de Ypo’i sont retournés en 2009 sur leurs terres ancestrales qui avaient été accaparées par un éleveur nommé Firmino Escobar. Escobar avait alors bloqué la route menant à la communauté indienne et ses hommes de main armés avaient encerclé leurs maisons, leur coupant l’accès à l’eau, à la nourriture et aux soins de santé.

Début novembre un tribunal a statué que les Guarani pouvaient occuper une petite parcelle de leur territoire ancestral pendant que les autorités en traçaient les limites. Firmino Escobar, cependant, continue de bloquer l’accès aux Indiens.

Un procureur fédéral a, depuis, ordonné à Firmino Escobar d’ouvrir la route menant à la communauté, l’avertissant que s’il ne le faisait pas, il devrait payer une amende de 100 000 reals (45 000 euros).

Lorsqu’un représentant de Survival qui visitait récemment son ranch sous couvert d’anonymat a demandé à rencontrer les Guarani, Escobar lui a répondu : ‘Cette terre m’appartient – il n’y a pas d’Indiens ici, vous ne pouvez pas entrer, je ne ne vous le permettrai pas’.

Ecouter le propriétaire terrien interdisant l’accès à la communauté guarani (lire la transcription ci-après).

Anastácio Peralta, un porte-parole guarani, commentant leur récente victoire judiciaire a déclaré : ‘Nous avons accueilli cette décision avec un profond soulagement. Cependant, ce n’est que la première étape, il y a encore beaucoup de luttes à venir’.

Un Guarani de la communauté de Ypo’i a renchéri : ‘Nous sommes heureux de pouvoir rester sur notre terre. En revanche, nous sommes tristes et inquiets de ne pas avoir suffisamment de nourriture et de ne pas recevoir d’assistance sanitaire. Je sens une douleur dans mon cœur’.

Cette décision fait suite à des interventions du département des affaires indiennes du gouvernement brésilien, de Survival International, de l’ONG brésilienne CIMI et d’autres organisations, dénonçant la situation désespérée des Guarani.

Suite à une précédente tentative de récupération de leurs terres, deux membres de la communauté de Ypo’i ont disparu et on pense qu’ils ont été assassinés. Le cadavre de l’un des hommes a été retrouvé couvert de meurtrissures dans une rivière de la région.

Les Guarani de Ypo’i ont décidé de prendre en main la réoccupation de leurs terres ancestrales devant l’inertie du gouvernement dans le processus de délimitation qu’il s’est engagé à effectuer dans un accord signé avec la communauté en 2007.

Le porte-parole guarani Anastácio Peralta est actuellement en Europe pour dénoncer la situation critique à laquelle sont confrontés les Guarani.

Stephen Corry, directeur de Survival, a déclaré aujourd’hui : ‘La décision judiciaire autorisant les Guarani à vivre sur cette petite parcelle de leur forêt est sans aucun doute un pas dans la bonne direction pour les membres de la communauté de Ypo’i. Pour que les Indiens ne subissent plus la violence et ne soient plus exposés à de telles menaces, cette décision doit impérativement être suivie par la reconnaissance et la protection de toutes les terres guarani’.

Il y a quelques mois, Survival a adressé un rapport aux Nations-Unies, dénonçant la violence, la malnutrition et le suicide auxquels sont confrontés les Guarani en raison de leur manque de terres.

Transcription :
FRANCAIS :
Propriétaire terrien : Non, non, non et non. Ce n’est pas possible, ce n’est pas possible (d’entrer pour voir les Indiens)
Survival (anonyme) : Mais vous avez dit que cette terre vous appartenait, alors vous pouvez nous laisser
Propriétaire : Je ne vous permettrai pas
Survival : Mais pourquoi?
Propriétaire : Parce que je ne le veux pas

PORTUGAIS :
Propriétaire terrien : Não, não, não, não . Não é possível, não é possivel (você entrar na mata ver os índios)
Survival (anonyme): mas o Sr diz que você é dono da terra, então pode autorizar
Propriétaire: Não vou autorizar
Survival: mas por que?
Propriétaire: porque eu não quero !