Survival réfute les allégations sur la 'violence' yanomami

Le directeur de Survival discrédite la thèse de Napoléon Chagnon selon laquelle les Yanomami seraient un peuple féroce.

Le directeur de Survival discrédite la thèse de Napoléon Chagnon selon laquelle les Yanomami seraient un peuple féroce.

© Fiona Watson/Survival

Un nouvel article de Stephen Corry, directeur de Survival International, expose les graves lacunes que comportent les thèses développées ces dernières décennies selon lesquelles les Indiens yanomami d’Amazonie seraient ‘féroces et violents’. Ce document a été publié samedi par Truthout, un organe indépendant d’information nord-américain.

Le linguiste et philosophe américain Noam Chomsky a salué cette prise de position en déclarant : ’J’ai été heureux de lire les arguments invoqués par Corry contre le mythe du ‘sauvage brutal’. Sa nouvelle analyse du rôle de Chagnon laisse peu de doute quant à sa crédibilité.

Les thèses avancées par l’anthropologue américain Napoleon Chagnon au sujet de la supposée violence yanomami sont soutenues avec enthousiasme par les auteurs de vulgarisation scientifique Steven Pinker (aux États-Unis) et Richard Dawkins (au Royaume-Uni).

Chagnon affirme que la tribu (qu’il appelle yanomamö) vit dans un état de guerre chronique, expliquant que la plupart des combats sont déclenchés à propos des femmes et affirmant que 45 % des hommes sont des tueurs. Il ajoute que ceux-ci ont un avantage génétique sur les hommes qui n’ont pas tué.

Corry démontre que les données de Napoléon Chagnon concernant le pourcentage de Yanomami tueurs sont fausses.

Corry démontre que les données de Napoléon Chagnon concernant le pourcentage de Yanomami tueurs sont fausses.

© Fiona Watson/Survival

Ses recherches sont utilisées pour étayer la thèse selon laquelle la société humaine était beaucoup plus violente avant la création de l’Etat.

Cependant, dans son nouvel article, Corry montre que :

- Chagnon manipule à tort ses propres données. Même si elles sont exactes, ce qui est peu probable, Chagnon gonfle d’un quart la proportion des Yanomami qui prétendent avoir tué.

- Même en prenant les chiffres de Chagnon à leur valeur nominale, les morts violentes yanomami sont moins nombreuses que dans certaines guerres modernes, réfutant l’argument central du récent livre de Steven Pinker The Better Angels of our Nature (Les meilleurs anges de notre nature).

- Chagnon contredit ses propres théories sur les causes des guerres yanomami.

- Chagnon omet de faire part de ses impressions sur son premier jour chez les Yanomami .

- Chagnon s’est appuyé sur les rapports exagérés des missionnaires évangéliques pour étayer sa théorie. En retour, il a salué l’œuvre de ces missionnaires de qui il était dépendant. Sa ‘théorie du ’sauvage brutal’ s’accorde étroitement avec les représentations évangéliques du mode de vie ‘païen’ des tribus indigènes.

Stephen Corry a déclaré aujourd’hui: ‘Il ne s’agit pas d’une simple querelle académique : cela concerne la façon dont nous considérons notre développement. L’idée qu’il est « scientifiquement prouvé » que l’Etat « moderne » apporte la paix et la prospérité est absurde, mais elle est désormais utilisée pour justifier sa brutalité vis-à-vis des plus démunis. Les représentations mensongères de Chagnon nuisent aux peuples indigènes en général’.

Notes aux rédactions :

- Lire l’article de Stephen Corry, publié par Truthout le 21 septembre 2013
- En savoir plus sur le mythe du ‘sauvage brutal’