De nouvelles photos incroyables d'un peuple isolé d'Amazonie – qui pourrait être décimé

Yano (maison communautaire) de Yanomami isolés en Amazonie brésilienne. (Photographie aérienne datant de 2016.)

Yano (maison communautaire) de Yanomami isolés en Amazonie brésilienne. (Photographie aérienne datant de 2016.)

© Guilherme Gnipper Trevisan/FUNAI/Hutukara

D’extraordinaires nouvelles photos aériennes montrent une communauté isolée en Amazonie; on estime que cette habitation collective pourrait abriter une centaine d’individus.

Ce village se situe sur le territoire autochtone yanomami, près de la frontière vénézuélienne dans le nord du Brésil. Environ 22.000 Yanomami vivent du côté brésilien de la frontière; parmi eux, trois groupes au moins n’entretiennent aucun contact avec le monde extérieur. Ils sont donc extrêmement vulnérables, tant à la violence qu’aux maladies provenant de l’extérieur.

Dans la mesure où leur territoire est protégé, les peuples isolés peuvent prospérer. Cependant, cette zone se trouve actuellement exploitée par plus de 5.000 orpailleurs illégaux, ce qui soulève de sérieuses inquiétudes sur le fait que certaines des populations les plus vulnérables de notre planète risquent purement et simplement de disparaître.

Yano dIndiens isolés dans le territoire autochtone des Yanomami. Au moins trois groupes de Yanomami vivent encore sans contact avec le monde extérieur.

Yano dIndiens isolés dans le territoire autochtone des Yanomami. Au moins trois groupes de Yanomami vivent encore sans contact avec le monde extérieur.

© Guilherme Gnipper Trevisan/FUNAI/Hutukara

Dans cette région, les orpailleurs ont introduit des maladies comme le paludisme, pollué les ressources en nourriture et eau avec du mercure, mettant ainsi sérieusement en danger la santé et la vie des Yanomami.

Le chamane et activiste yanomami Davi Kopenawa témoigne: “L’endroit où ces Indiens isolés vivent, chassent, pêchent et cultivent doit absolument être protégé. Le monde entier doit savoir qu’ils se trouvent là dans leur forêt et que les autorités doivent faire respecter leur droit de vivre sur ce territoire.” Davi est le président de l’association yanomami Hutukara; il est régulièrement qualifié de “Dalai Lama de la forêt amazonienne”.

Il déclare à propos des chercheurs d’or : “Ils sont comme les termites: ils ne cessent de revenir et ne nous laissent jamais en paix.”

Les agents gouvernementaux brésiliens sont chargés de protéger le territoire yanomami. Cependant, ils doivent endurer de sévères restrictions budgétaires suite aux objectifs de certain•e•s hommes et femmes politiques qui veulent à tout prix affaiblir la protection des territoires et les droits des peuples autochtones.

Sans un soutien continu, l’équipe responsable de la région yanomami sera incapable de protéger ce territoire des intrus et pourrait même être complètement supprimée, ce qui laisserait les Yanomami isolés face au grand risque d’annihilation.

Yanomami isolés photographiés du ciel près de la frontière vénézuélienne. Ils semblent en bonne santé et leur nombre semble avoir augmenté.

Yanomami isolés photographiés du ciel près de la frontière vénézuélienne. Ils semblent en bonne santé et leur nombre semble avoir augmenté.

© Guilherme Gnipper Trevisan/FUNAI/Hutukara

Informations complémentaires

- Le territoire autochtone yanomami a été officiellement reconnu en 1992, après des années d’efforts par Davi Kopenawa Yanomami, Survival International et la Commission Pro-Yanomami (CCPY).

- Avant la création de cette réserve, les Yanomami se voyaient décimés par la violence des étrangers et par des maladies telles que la grippe et la rougeole contre lesquelles ils ne sont pas immunisés; ces maladies sont introduites par des orpailleurs illégaux et d’autres personnes extérieures. La démarcation officielle de ce territoire leur a donné la chance de déterminer leur propre avenir et la population s’est bien remise après des décennies de chaos.

- Malgré cela la FUNAI, le département brésilien des affaires autochtones – responsable de la protection des territoires autochtones tels que celui-ci –, a subi de sévères coupes budgétaires. On craint sérieusement que six des douze équipes affectées à la protection des peuples isolés soient supprimées; cela inclurait la suppression du groupe chargé de la protection des Yanomami.

- Les Yanomami isolés ont clairement fait entendre leur souhait d’être laissés en paix – évitant les étrangers, de même que les membres déjà contactés d’autres communautés yanomami.

- Ces photographies montrent un yano yanomami typique, c’est-à-dire une grande maison communautaire abritant plusieurs familles. Chaque segment carré du yano correspond à l’habitation d’une famille distincte. Elles y suspendent leurs hamacs, y allument leur feu et y stockent leurs provisions.

- Les Yanomami possèdent de grandes connaissances botaniques et utilisent environ 500 plantes comme ressources alimentaires, médicinales et pour la construction de leurs habitations. Ils se nourrissent en partie de la chasse, de la cueillette et de la pêche, mais cultivent aussi du manioc et des bananes dans de grands vergers dégagés dans la forêt.

- Les chamanes yanomami sont les guides spirituels de la communauté. Dans leurs rituels, ils consomment une poudre hallucinogène appelée yakoana qui leur permet de communiquer avec le monde spirituel.

© Guilherme Gnipper Trevisan/FUNAI/Hutukara

Les peuples isolés ne sont pas des reliques primitives d’un passé révolu. Ils sont nos contemporains et représentent une part essentielle de la diversité de l’humanité. Là où leur droits sont respectés, ils continuent à prospérer.

Leur savoir est irremplaçable et s’est développé sur des milliers d’années. Ils sont les meilleurs gardiens de leur environnement. Il est prouvé que les territoires autochtones constituent le meilleur rempart contre la déforestation.

Survival s’oppose aux tentatives externes de contact. Ces tentatives sont toujours fatales et la décision d’initier un contact doit être le résultat de leur propre initiative. Ceux qui pénètrent sur les territoires des peuples isolés leur dénient ce droit.

Le directeur de Survival, Stephen Corry, a déclaré: "Ces images extraordinaires constituent une preuve supplémentaire qu’il existe davantage de communautés isolées qu’on le croyait. Ce ne sont pas des sauvages, mais des sociétés contemporaines complexes dont les droits doivent être respectés. C’est une évidence qu’ils sont parfaitement capable de vivre en toute autonomie sans ressentir le besoin de notions qui leur sont étrangères telles que le “progrès” ou le “développement”. Tous les peuples isolés sont confrontés à une catastrophe si leurs territoires ne sont pas protégés. Nous faisons tout notre possible pour sécuriser leurs terres et leur permettre de déterminer leur propre avenir."