« Les portes sont désormais ouvertes » : les autochtones dénoncent les missionnaires qui ciblent les peuples non contactés.

La NTM du Brésil dévoile son nouvel hélicoptère pour atteindre les peuples non contactés dans la vallée du Javari.

La NTM du Brésil dévoile son nouvel hélicoptère pour atteindre les peuples non contactés dans la vallée du Javari.

© NTM

Des missionnaires qui ciblent les peuples non contactés au Brésil ont annoncé qu’ils commenceront bientôt à utiliser un hélicoptère pour convertir des peuples jusqu’alors inaccessibles.

Des organisations et des dirigeants autochtones clés au Brésil ont dénoncé avec colère cette initiative, ainsi que la nomination d’un missionnaire fondamentaliste, Ricardo Lopes Dias, à la tête du département gouvernemental qui protège les territoires des peuples non contactés.

M. Lopes Dias a travaillé pendant des années pour l’un des plus grands groupes missionnaires évangéliques du monde, la New Tribes Mission (NTM), dans la vallée du Javari au Brésil, qui abrite la plus grande concentration de peuples non contactés au monde.

Ricardo Lopes Dias, le nouveau chef du département des Indiens non contactés de la FUNAI.

Ricardo Lopes Dias, le nouveau chef du département des Indiens non contactés de la FUNAI.

© Ricardo Lopes Dias

La NTM (maintenant rebaptisée Ethnos360 aux États-Unis) a ouvertement collecté des fonds pour acheter un hélicoptère afin de cibler les peuples de la région. Ils ont déclaré : « Ce nouveau programme de vol d’hélicoptère permettra à Ethnos360 Aviation de servir tous nos missionnaires actuels dans la région et d’ouvrir la porte pour atteindre dix autres groupes de personnes vivant dans un isolement extrême. »

La NTM est connue pour préconiser ouvertement le contact forcé avec les peuples non contactés. Elle a aidé à organiser des « chasses à l’homme » au Paraguay dans les années 1970 et 1980, au cours desquelles des Ayoreo non contactés ont été capturés et sortis de la forêt : plusieurs personnes ont été tuées lors de ces rencontres et beaucoup d’autres mortes de maladie par la suite.

Eode, un homme ayoreo, dans une base de la New Tribes Mission au Paraguay (1979). Capturé lors d’une chasse à l’homme, il est mort quelques jours plus tard.

Eode, un homme ayoreo, dans une base de la New Tribes Mission au Paraguay (1979). Capturé lors d’une chasse à l’homme, il est mort quelques jours plus tard.
© Luke Holland/ Survival

Le chef de la branche brésilienne de la NTM a déclaré : « Il doit y avoir une politique d’approche de ces peuples [non contactés]. »

Les leaders autochtones de la vallée du Javari ont dénoncé les plans de la NTM comme étant « une attaque génocidaire ». Ils décrivent l’intention commune des missionnaires et du gouvernement comme étant d’« ouvrir les portes » des territoires autochtones.

Sarah Shenker, coordinatrice de la campagne pour les peuples non contactés, a déclaré aujourd’hui : « Il est maintenant clair que le gouvernement brésilien a pris la décision, en toute connaissance de cause, d’ouvrir les territoires autochtones aux missionnaires évangéliques, comme une étape clé dans la prise de contrôle de leurs terres et l’exploitation de leur or, minéraux, bois et autres ressources. Si on ne met pas fin à cela, de nombreux peuples seront anéantis. »

Un missionnaire noirci à la peinture prétend être un membre du peuple yanomami lors dune formation donnée par la NTM.

Un missionnaire noirci à la peinture prétend être un membre du peuple yanomami lors dune formation donnée par la NTM.

© NTM

Beto Marubo, un leader autochtone de la vallée du Javari, a déclaré : « La NTM au Brésil a détruit notre organisation sociale, notre coexistence pacifique. Des divergences sont apparues et le monde que nous connaissions depuis des millénaires a été démantelé […] Les activités missionnaires signifieront la perte totale des derniers peuples non contactés dans la vallée du Javari. »

Des Matsés du Javari ont déclaré : « M. Ricardo n’a jamais eu la permission de venir dans notre village. Il a manipulé une partie de la population matsés afin de construire un nouveau village […] Les dirigeants ont essayé de se rendre dans ce nouveau village pour ouvrir un dialogue, mais ils ont été violemment expulsés. M. Ricardo a profité des Matsés et s’est approprié notre culture. Nous ne voulons pas de nouveaux abus, donc nous ne permettrons pas à M. Ricardo d’entrer sur nos terres. »

Des dizaines de lauréats du Right Livelihood Award ont récemment signé une lettre commune dénonçant la nomination de M. Lopes Dias : « Son passé évangélique soulève de graves inquiétudes quant à la sécurité des peuples non contactés face aux interférences extérieures et quant au fait qu’il pourrait renverser la politique historique du Brésil qui consiste à ne pas forcer le contact avec les peuples non contactés. »

Stephen Corry, directeur de Survival International, a déclaré aujourd’hui : « La NTM a un historique de chasses à l’homme et de contacts ayant entraîné mort et maladie, ainsi que des abus sexuels dans ses écoles et des épidémies mortelles. Elle applique une vision étroite de la religion qui ne serait pas reconnue par de nombreux chrétiens. Ce sont les dernières personnes qui devraient se trouver à proximité de peuples non contactés, et il est grotesque et criminel d’en confier la responsabilité à l’un d’entre eux. L’intention est clairement d’éliminer les Indiens une fois pour toutes. »