Remous autour du rapport de Survival sur les Innu

Le n° 26 de la revue Ethnies 'Un Tibet au Canada. La mort programmée des Innu' est la traduction du rapport publié au Royaume-Uni sous le titre ‘Canada's Tibet – the killing of the Innu' dans le but de sensibiliser le Canada et l'opinion internationale à la situation complexe et dramatique que connaissent les Innu.

Survival avait invité trois représentants innu – Napes Ashini, Shapatish et Katneen Malak – à venir témoigner le 8 novembre dernier au cours de la conférence de presse organisée à Londres pour le lancement du rapport. Tragiquement, le fils de l'un d'entre eux se donnait la mort au moment où son père s'envolait pour l'Angleterre. Ce fut une terrible confirmation de l'enquête menée par les auteurs du rapport : le taux de suicide des Mushuau Innu est le plus élevé du monde.

La plupart des journaux, chaînes de radio et de télévision du Canada ont ‘couvert' l'événement. Le premier ministre, Jean Chrétien, en a pris connaissance alors qu'il se rendait à la conférence des Etats du Commonwealth en Afrique du Sud (où il qualifiera de ‘généreux' le traitement des Innu par le Canada). Le Premier ministre de Terre-Neuve, Brian Tobin a pour sa part organisé une conférence de presse pour répondre aux accusations portées par Survival.

Bien qu'il soit évident que cette publication ait réussi à porter la situation des Innu au sommet de l'agenda politique, aucun porte-parole gouvernemental ne s'est risqué à aborder la principale conclusion du rapport – à savoir que la politique canadienne de négociation des revendications territoriales indigènes est fondamentalement opposée aux intérêts des Innu. Grâce au battage médiatique, le gouvernement fédéral et celui de Terre-Neuve ont très vite accepté de transférer aux Innu du Labrador le contrôle de l'éducation  – une responsabilité que les Innu réclamaient depuis des années. Mais la véritable attitude officielle vis-à-vis des Innu s'est révélée dans la réponse des autorités de Terre-Neuve envoyée aux milliers de membres de Survival qui avaient écrit des lettres de protestation.

Le gouvernement nie vouloir forcer les Innu à négocier leurs revendications territoriales alors qu'il promeut d'énormes projets de développement industriel sur les terres mêmes que les Innu revendiquent, mais il admet qu'il vient seulement de consulter les Innu sur ces projets. Survival et les Innu ont demandé à ce que ces projets soient suspendus jusqu'à ce que la question territoriale soit réglée – le fait d'accorder de larges parties de terres innu à des étrangers alors que des négociations sont en cours sur cette même terre étant une insulte au processus global. Le gouvernement justifie cette conduite en affirmant que ‘suspendre le développement jusqu'à ce qu'elle [la revendication territoriale] soit conclue priverait les Innu d'opportunités et de revenus significatifs.'

C'est cette attitude paternaliste qui consiste à prétendre savoir ce que veulent les Indiens mieux qu'eux-mêmes (et tout le mal qui en découle) que les Innu et les milliers de sympathisants de Survival combattent.