Une vente d’objets sacrés hopi autorisée par un tribunal

Pierre Servan-Schreiber et deux prêtres hopi durant la restitution d’un Katsina en juillet 2013.

Pierre Servan-Schreiber et deux prêtres hopi durant la restitution d’un Katsina en juillet 2013.
© JP Razon/Survival

Le président du Tribunal de grande instance de Paris a, pour la deuxième fois consécutive, rejeté un référé des Hopi et de Survival International, représentés par Me Pierre Servan-Screiber, visant à obtenir la suspension d’une vente aux enchères controversée comportant des Katsinam, objets sacrés de la tribu hopi d’Arizona.

« Si la vente de ces objets cultuels peut constituer un outrage à la dignité de la tribu hopi, cette considération morale et philosophique ne donne pas à elle seule droit au juge des référés de suspendre la vente de ces masques qui n’est pas interdite en France », a notamment considéré la juge Claire David, en déclarant dans son ordonnance que la tribu hopi était « irrecevable à agir ».

Les Hopi sont « farouchement opposés » à la vente aux enchères de leurs Katsinam et autres objets cérémoniels qui, pour eux, ont une importance spirituelle et religieuse fondamentale.

La société de commissaires-priseurs Eve a ignoré les demandes des Hopi, de Survival et de l’ambassade des Etats-Unis de suspendre les ventes qui auront lieu aujourd’hui et mercredi 11 décembre à l’hôtel Drouot à Paris.

L’ambassade des Etats-Unis qui est intervenue auprès de la maison Eve, a indiqué : « Ces objets sacrés revêtent une grande importance pour les communautés Hopi et Apache San Carlos et ne devraient pas être offerts à la vente précipitamment et sans consultation préalable avec les deux tribus ».

Pierre Servan-Schreiber, mandaté par la tribu hopi et Survival International a déclaré : « Cette décision ne répond pas à la question suivante : Est-ce que vraiment tout peut s’acheter et se vendre au plus offrant? N’y a-t-il pas certains objets, qui, par leur nature, ne peuvent être considérés comme de simples objets d’art et doivent être restitués aux peuples dont ils sont issus ? Ce n’est qu’une question de temps avant qu’on nous donne raison. Nous ne baisserons pas les bras ».

Jean-Patrick Razon, directeur de Survival International (France), a déclaré aujourd’hui : « C’est là une décision regrettable et un nouvel outrage à la dignité et au respect de la culture des Hopi qui sont les propriétaires légitimes de ces objets sacrés. Cette vente est blasphématoire et le fait que le tribunal tranche pour la deuxième fois dans ce sens est extrêmement décevant. Il est temps que les acheteurs prennent conscience que cette marchandisation est immorale ».

Note aux rédactions :

- Les Hopi, qui sont environ 18 000, vivent dans 12 villages au nord-est de l’Arizona. Ils appellent leur patrie Hopituskwa.

- En avril dernier, Survival International, déjà représentée par Pierre Servan-Schreiber, avait saisi le président du tribunal de grande instance de Paris d’une demande visant à suspendre une vente d’objets sacrés hopi. La vente, que l’acteur Robert Redford avait qualifiée d’ « acte criminel » et qui finalement eut lieu, provoqua un impressionnant soulèvement de l’opinion publique en faveur de la restitution des Katsinam à leur propriétaire légitime, la tribu hopi. Pierre Servan-Schreiber avait alors acquis un masque qu’il rapporta à la tribu hopi en juillet dernier.

- Pierre Servan-Schreiber, associé du cabinet Skadden Arps à Paris et membre de l’Alliance des avocats pour les droits de l’homme, est mandaté par Survival International et la tribu Hopi.