Survival dénonce le prix de la "bonne gouvernance" attribué à Mogae

Survival International a vivement critiqué la Fondation Mo Ibrahim pour avoir récompensé le "remarquable leadership" de Festus Mogae, l’ex-président du Botswana qui a orchestré l'éviction des Bushmen du Kalahari.

En 2002, le gouvernement de Festus Mogae avait expulsé les Bushmen de leurs terres ancestrales situées dans la réserve du Kalahari central et leur avait interdit d’y pratiquer la chasse et la cueillette.

Les chasseurs bushmen ont été arrêtés et torturés; ceux qui manifestaient pacifiquement contre les expulsions ont également été arrêtés et blessés par balle; une femme au moins est morte de faim et de soif lorsque le gouvernement Mogae avait bloqué l'accès à la réserve.

Les Bushmen ont poursuivi le gouvernement en justice jusqu'à ce que la Haute Cour du Botswana déclare en 2006 les expulsions "illégales et anticonstitutionnelles". Un des juges a affirmé que le refus du gouvernement de les laisser chasser "revenait à condamner [les Bushmen] à mourir de faim".

Mais le gouvernement, dirigé par Mogae jusqu'en avril dernier, empêche toujours les Bushmen de retourner chez eux. Il leur refuse l’accès à une source d’eau inutilisée dans l’une de leurs communautés et leur interdit de chasser pour se nourrir.

Le gouvernement botswanais promeut actuellement des projets touristiques et d'exploitation diamantifère en plein cœur du territoire des Bushmen.

Stephen Corry, directeur de Survival, a déclaré "Satisfaire la majorité n'est pas difficile, mais la bonne gouvernance exige le respect des minorités, en particulier des victimes de discrimination, comme les Bushmen du Kalahari. Le régime du président Mogae a ébranlé des décennies de respect tacite de leurs droits territoriaux. Ce qu’il a mis en place continue de menacer leur survie. Ce prix est un affront à la 'bonne gouvernance'."

Le prix Mo Ibrahim attribue au récipiendaire la somme de 5 millions de dollars sur dix ans, puis 200 000 dollars annuels à vie. Parmi les membres du jury figuraient l'ancien secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, et l'ancien Haut Commissaire aux Droits de l'Homme, Mary Robinson.