Amnesty demande la suspension des décrets et des concessions pétrolières

Un manifestant blessé est frappé par les policiers, Bagua, Pérou
Un manifestant blessé est frappé par les policiers, Bagua, Pérou
© Marijke Deleu and Thomas Quirynen

Amnesty International a publié un rapport accablant suite à la mission d’enquête qu’elle a effectuée au Pérou sur le violent conflit qui a récemment fait plus de 30 morts parmi des policiers et des civils en Amazonie.

Le conflit a éclaté le 5 juin dernier lorsque la police a reçu l'ordre de briser une manifestation indienne sur la route panaméricaine reliant la côte pacifique à la forêt amazonienne. Les manifestations répondaient à l’adoption par le gouvernement d’une série de décrets législatifs menaçant les droits des peuples indigènes et ouvrant leurs territoires aux compagnies étrangères.

‘Nous exhortons le gouvernement à suspendre les décrets en question jusqu'à ce que soit mis en place un processus de consultation conforme aux normes internationales inscrites dans la Convention 169 de l'Organisation Internationale du Travail et la Déclaration des droits des peuples autochtones des Nations unies’ peut-on lire dans le rapport d’Amnesty. ‘Comme signe de bonne foi, le gouvernement ne devrait plus attribuer de nouvelles concessions de prospection et d'exploitation des ressources naturelles et devrait suspendre toutes les concessions en vigueur affectant les droits des peuples indigènes.’

Le rapport d’Amnesty appelle également à : 1) la ‘révision’ des charges pesant sur les leaders indigènes péruviens, 2) l’examen des plaintes concernant les Indiens ‘disparus’ durant ou après les manifestations, et 3) l’ouverture d’une enquête ‘complète, impartiale et indépendante’ sur le conflit.

Amnesty estime que le gouvernement péruvien porte une ‘lourde responsabilité’ sur les événements du 5 juin – principalement en raison du fait que, contrairement à la législation internationale, il n’a pas consulté les peuples qui allaient être affectés par les nouveaux décrets. Le rapport fait également état de la ‘force excessive’ déployée par les forces armées qui ont ‘indiscriminatoirement’ tiré sur des gens non armés et ‘maltraité’ des personnes sans défense, y compris des blessés transportés dans des ambulances.

La mission d’enquête d'Amnesty s'est déroulée au Pérou du 12 au 24 juin. Ses requêtes pour rencontrer le président Alan Garcia et le nouveau Premier ministre, Javier Velásquen Quesquén, n’ont pas abouti. ‘Amnesty qui a été très déçue de ne pas avoir pu rencontrer les plus hauts représentants du gouvernement espère que cette attitude n’est pas révélatrice d’un manque de sérieux vis-à-vis des graves événements du 5 juin’, conclut le rapport d'Amnesty.

Lire le rapport de témoins oculaires sur les événements à Bagua (en anglais)

Voir la vidéo de Survival avec les interviews des témoins oculaires (en anglais)