Les Bushmen réduits au silence

Le gouvernement du Botswana vient de priver les derniers Bushmen gana et gwi demeurant encore dans la réserve du Kalahari central de leur unique moyen de communication avec l'extérieur et d'interdire tout ravitaillement en eau et en nourriture.

Les fonctionnaires botswanais ont confisqué les postes radio émetteurs-récepteurs solaires que Survival avait fournis aux communautés bushmen. Ils ont également interdit l'accès de leur terre ancestrale à deux représentants bushmen apportant eau et nourriture aux communautés assiégées auxquelles le gouvernement a coupé l'approvisionnement en eau la semaine dernière. Ces deux représentants ont finalement été autorisés à distribuer les vivres, mais il leur a été signifié qu'ils devraient désormais posséder une autorisation spéciale ou s'acquitter d'un droit d'entrer dans leur propre réserve.

La réserve du Kalahari, dont une grande partie constitue le territoire ancestral des Bushmen, avait été établie dans les années 1960 comme un refuge pour eux. Mais depuis le début des années 1980, le gouvernement botswanais mène à leur encontre une vigoureuse campagne de harcèlement pour les contraindre à quitter leur terre qui, selon le droit international, leur appartient. Ces dernières semaines, la plupart des 700 Bushmen qui avaient pu résister à ces persécutions ont été forcés de partir; et aujourd'hui, avec la suppression totale de l'eau, l'objectif du gouvernement est de détruire les dernières poches de résistance. L'unique pompe à eau a été démontée et emportée, les réserves d'eau saccagées. Apparemment il ne resterait ni eau ni nourriture dans la réserve. En leur confisquant leurs émetteurs radio et en leur interdisant le contact avec d'autres Bushmen, le gouvernement laisse les quelques familles réfractaires de la réserve dans un isolement complet les exposant à la soif et à la famine.

Le gouvernement botswanais prétend que le coût de l'approvisionnement en eau et des autres services (sociaux, sanitaires…) aux Bushmen dans la réserve, soit 3 dollars par jour et par personne, est trop élevé, alors qu'il a ignoré une offre de financement de l'Union européenne. La détermination du gouvernement n'est en fait guidée que par l'extraordinaire potentiel minier et touristique de la région et par sa vision raciste des Bushmen que des membres du gouvernement qualifient de ‘créatures primitives' vivant encore à ‘l'âge de pierre'.

Stephen Corry, directeur de Survival International, a déclaré : ‘Les empêcher de chasser, les torturer et poursuivre les victimes en justice, leur supprimer l'eau, leur confisquer leurs moyens de communication, leur interdire l'accès à leur propre territoire… Il s'agit de l'offensive concertée et planifiée la plus grave à laquelle aient jamais été confrontés les Bushmen gana et gwi. Selon toute vraisemblance, le gouvernement se réfugie une fois de plus derrière le mensonge évident que tout cela est au bénéfice des Bushmen. "

Face à cette situation, Survival continue sa pression sur les autorités botswanaises et la renforce par une campagne de publicité internationale qu'elle a lancée le 2 mars en Australie, dans le Brisbane Courier-Mail à l'occasion de la venue du président botswanais à la réunion des chefs de gouvernements du Commonwealth. 

NB : Nous avons volontairement supprimé de I'orthographe des noms
propres G//ana et G/wi les symboles phonétiques des ‘clicks' / et //
(consonnes inspirées) difficilement compréhensibles.