Le ministère des Affaires étrangères britannique critiqué pour avoir diffusé des informations trompeuses sur le Botswana

Enfants bushmen.
Enfants bushmen.
© Survival

Un avocat londonien a critiqué le ministère des Affaires étrangères britannique pour avoir ommis de mentionner sur son site internet que le gouvernement botswanais avait illégalement expulsé les Bushmen gana et gwi de leurs terres ancestrales.

Me Gordon Bennett avait défendu les Bushmen au cours du procès qu’ils avaient intenté au gouvernement botswanais suite à leur expulsion de la réserve du Kalahari central. Cette affaire, qui a été la plus longue et la plus coûteuse que le pays ait jamais connu, s’est soldée en 2006 par un verdict de la Haute cour du Botswana confirmant l’illégalité et l’anticonstitutionnalité de l’expulsion des Bushmen et entérinant leur droit de vivre dans la réserve.

Me Bennett reproche au ministère d’avoir négligé de mentionner ce fait dans le profil pays du Botswana. ‘Ce site internet se réfère à des arguments avancés par le gouvernement pour justifier la relocalisation des Bushmen, mais il n’indique pas que la Cour a statué que celle-ci était illégale’.

Me Bennett a également contesté le fait que le ministère fasse référence à un ‘dialogue constructif en cours’ entre les Bushmen et le gouvernement. ‘Je suis en contact régulier avec les Bushmen qui sont retournés dans la réserve’, a-t-il déclaré, ‘mais je ne crois pas qu’un seul d’entre eux ait pris part à une discussion avec le gouvernement’.

Le ministère des Affaires étrangères ne mentionne pas non plus la politique gouvernementale actuelle qui consiste à empêcher les Bushmen de retourner chez eux en les privant d’accès à leur propre puits, alors qu’il fait aménager de nombreux points d’eau pour la faune sauvage et autorise l’ouverture de lodges de safari avec piscines au cœur du territoire bushmen. Il omet également de signaler les poursuites judiciaires récemment intentées par les Bushmen pour récupérer l’accès à leur puits.

Me Bennett a déclaré : ‘Je comprends que le ministère des affaires étrangères ne veuille pas prendre parti dans cette controverse, mais son site internet risque de tromper le public. Je suis surpris qu’il ne comporte aucune référence sur les difficultés auxquelles sont actuellement confrontés les Bushmen privés de leur droit fondamental à l’eau’.

Le profil pays du Botswana du site ministériel est en désaccord avec le rapport publié en 2008 par le département d’Etat américain qui critique sévèrement le gouvernement botswanais pour son ‘interprétation restreinte du verdict de 2006 de la Haute Cour’. Tandis que le ministère reprend les arguments du gouvernement qui prétend que l’expulsion des Bushmen leur ‘permettra de bénéficier du développement national’, le rapport américain constate qu’ils ont été ‘relocalisés de force’ et qu’ils sont ‘économiquement et politiquement marginalisés’, sans ‘aucun accès à leur terre traditionnelle’.

Le rapporteur spécial des Nations Unies sur les affaires indigènes, James Anaya, a, pour sa part, récemment condamné le gouvernement botswanais pour avoir refusé aux Bushmen l’accès à l’eau, une mesure qu’il décrit comme non conforme à ‘l’esprit et à la logique de la décision [de la Haute Cour en 2006] et aux normes internationales des droits de l’homme’. James Anaya a également exhorté le gouvernement à considérer la réouverture du puits comme une question ‘urgente et prioritaire’.

Stephen Corry, directeur de Survival International, a déclaré aujourd’hui : ‘Le ministère des Affaires étrangères manque à tous ses devoirs en ne présentant pas une image fidèle de l’approche botswanaise des droits de l’homme. Quiconque voulant se rendre au Botswana devrait être dûment informé de la politique répressive du gouvernement envers les Bushmen afin de pouvoir décider en toute connaissance de cause de visiter ou non le pays.