Reprise d'un projet minier controversé en territoire bushman

Un Bushman.
Un Bushman.
© Survival

Un projet minier diamantifère fait de nouveau surface après avoir été suspendu en raison de la récession globale.

Gem Diamonds avait mis en sommeil son projet minier dans la communauté bushman de Gope face à la chute de la demande mondiale de diamants. Cependant, on a appris du directeur des opérations du projet minier, Howard Marsden, que les activités minières ont ‘atteint un niveau élevé’, les récentes estimations montrant que la valeur du secteur minier a augmenté par rapport à la période précédant la récession.

Gem Diamonds, qui a racheté la concession de Gope à De Beers en 2007, soutient que les Bushmen sont favorables à la mine. Mais ces derniers n’ont obtenu aucune information indépendante sur ses impacts potentiels et sont actuellement en train de lutter contre la privation d’eau imposée par le gouvernement botswanais.

En 2002, les Bushmen avaient été expulsés de leurs terres dans la Réserve du Kalahari central. Quatre ans plus tard, la Haute Cour avait statué que les évictions étaient illégales et que les Bushmen avaient le droit de vivre sur leur terre ancestrale.

En dépit de ce verdict, le gouvernement botswanais a condamné l’accès à un puits dont les Bushmen dépendent pour s’approvisionner en eau. Le mois dernier, les Bushmen ont intenté un procès pour regagner l’accès au puits, mais le juge a reporté sa décision à une date encore inconnue.

Gem Diamonds a obtenu l’autorisation environnementale nécessaire pour mener ses opérations à Gope à condition que ‘les puits forés… par [la compagnie] ne soient utilisés que pour fournir l’eau nécessaire à la mine’. L’intention délibérée du gouvernement est de s’assurer que Gem Diamonds ne fournira pas d’eau aux Bushmen en dépit du fait que la mine sera implantée au cœur de l’une de leur communauté.

A l’instar de Survival, les Bushmen ont toujours été convaincus qu’ils avaient été expulsés pour faire place à l’exploitation des gisements de diamants de la Réserve. Le gouvernement botswanais nie cet argument, prétendant entre autre que les Bushmen ont été évincés pour des raisons de conservation.

Cependant, comme l’a précisé le Rapporteur spécial des Nations-Unies sur les peuples indigènes, la préoccupation apparente du gouvernement pour la préservation de l’environnement est ‘contradictoire avec sa décision de permettre à Gem Diamonds/Gope Exploration Company (Pty) Ltd. de mener des activités minières au sein de la réserve, une opération planifiée pour plusieurs décennies et qui, selon la compagnie minière, pourrait provoquer un afflux de 500 à 1200 personnes sur le site’.

Les derniers rapports de Gem Diamonds indiquent que l’exploitation d’une mine souterraine durant une dizaine d’années sur le site de Gope sera suivie d’opérations à ciel ouvert.

Stephen Corry, directeur de Survival International, a déclaré aujourd’hui : ‘Selon les Nations-Unies, aucun projet de développement ne peut avoir lieu sur des territoires appartenant à des peuples indigènes sans leur consentement libre, préalable et informé. Tout le monde sait qu’en ce qui concerne la mine de Gope ce droit n’a jamais été respecté — en réalité, le gouvernement prétend depuis des années que la présence de gisements de diamants dans la réserve n’est qu’une invention de Survival. Si la mine s’implante, le Botswana se rendra une fois de plus coupable de la violation des droits des Bushmen et ne fera que renforcer la mise à l’index des diamants du Botswana. Combien de temps faudra-t-il au gouvernement pour se rendre compte que les acheteurs de diamants ne sont pas indifférents aux considérations éthiques?’