Bangladesh : la violence continue malgré l'Accord de paix

Les enfants de Buddhapati Chakma, qui a été tuée par les soldats, s'adressent aux journalistes.
Les enfants de Buddhapati Chakma, qui a été tuée par les soldats, s’adressent aux journalistes.
© Satrong Chakma

Ce week end marque le premier anniversaire d’une violente attaque menée à l’encontre des Jumma par des colons et des soldats dans les Chittagong Hill Tracts au Bangladesh. Cette attaque avait fait deux morts et 25 blessés parmi les Jumma et 450 maisons avaient été incendiées.

Avant cet incident, la tension n’avait cessé de s’accroître entre les Jumma et les colons bengali qui envahissaient leur territoire avec le soutien de l’armée. Des centaines de milliers de colons ont migré dans les Chittagong Hill Tracts ces soixante dernières années dans le cadre d’un programme de colonisation du gouvernement du Bangladesh. Les Jumma ont été dépossédés par les colons et ont été victimes d’une violente répression militaire.

Malgré l’indignation internationale suscitée par cette violence qui a été condamnée par les Nations-Unies et par l’Union européenne, il n’y a eu aucune enquête officielle et aucun colon n’a été poursuivi. Quatre jeunes jumma ont en revanche été arrêtés et torturés par l’armée, puis libérés sous caution.

Les Jumma, dont les maisons ont été détruites au cours des attaques, vivent aujourd’hui dans des abris provisoires, en dépit du fait que le gouvernement avait promis de les reloger et de leur offrir des compensations.

Des organismes d’aide internationale, dont le Programme des Nations-Unies pour le Développement (PNUD), ont été empêchés d’agir dans cette région. Plusieurs rapports font état de l’intensification des activités des services secrets et de l’armée.

Un porte-parole jumma a dénoncé à un représentant de Survival : ‘Les forces militaires effectuent fréquemment des patrouilles dans la région de Baghaihat. Les perquisitions, les arrestations et la torture perpétrées contre le peuple jumma continuent’.

En 1997, le gouvernement avait signé un Accord de paix avec les Jumma selon lequel il s’engageait à retirer les campements militaires de la région et à mettre fin à la spoliation des terres jumma par les colons et les soldats. Cet accord nourrissait l’espoir des Jumma, mais les campements militaires sont toujours dans les Hill Tracts et la violence et la spoliation des terres n’ont pas cessé.

Stephen Corry, directeur de Survival International, a déclaré aujourd’hui : ‘Il est scandaleux de constater que quatorze ans après la signature de l’Accord de paix des meurtres, la torture, la spoliation territoriale et des incendies volontaires soient encore perpétrés dans les Chittagong Hill Tracts. Le peuple jumma mérite de pouvoir vivre en paix sur sa propre terre’.