Tanzanie – Des commissions réclament l’expulsion massive d’Autochtones massaï de sites touristiques de renommée mondiale
20 Mars 2026
© Ikulu Tanzania/ YoutubeDeux commissions présidentielles ont recommandé l'expulsion massive des Massaï de certaines des zones de conservation et destinations touristiques les plus emblématiques d'Afrique de l'Est.
Ces commissions ont été mises en place par la présidente tanzanienne Samia Suluhu Hassan suite aux expulsions d'éleveurs pastoraux massaï de certaines parties de l'écosystème mondialement connu du Serengeti et aux manifestations de grande ampleur qui ont eu lieu dans la zone de conservation du Ngorongoro en 2024.
Or, malgré le tollé mondial suscité par les expulsions précédentes, les deux commissions ont :
- soutenu les expulsions précédentes et appelé à leur poursuite, y compris dans le Ngorongoro, classé au patrimoine mondial de l'UNESCO ;
- qualifié la présence de longue date des Massaï dans la région de “pression environnementale” qui doit être allégée ;
- menacé les ONG locales qui soutiennent les Massaï, les accusant de “diffuser de fausses informations ou de la propagande” au motif qu'elles “vont à l'encontre des intérêts du gouvernement” ;
- appelé à la “délocalisation” de toutes les “activités non liées à la conservation” [autrement dit, la présence des Massaï sur ces terres] en dehors des zones de conservation ;
- demandé que soit supprimée la reconnaissance actuelle du droit du peuple massaï à vivre dans la zone de conservation du Ngorongoro.
Un porte-parole massaï anonyme a déclaré cette semaine : « On nous reproche la dégradation de l’environnement, tandis que l’expansion effrénée du tourisme est ignorée. Les déplacements forcés, présentés comme une politique, ont privé notre peuple de ses droits fondamentaux et de sa dignité. Nous refusons que ces mesures se poursuivent et condamnons l’incapacité de la Commission à prendre en compte les voix, les réalités et les droits de notre peuple. »

Les autorités affirment qu'il s'agit de “réinstallations volontaires”. Cependant, les Massaï ont massivement rejeté le fait d'être déplacés.
La zone de conservation du Ngorongoro est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. Lors de sa création, le droit ancestral des Massaï à y vivre avec leur bétail a été explicitement reconnu. Pourtant le Comité du patrimoine mondial de l’UNESCO a soutenu les soi-disant “réinstallations volontaires”, et l’UNESCO approuve le modèle de “conservation-forteresse” qui sous-tend l’approche de la Tanzanie.
Caroline Pearce, directrice de Survival International au Royaume-Uni, a déclaré cette semaine : « Ces commissions n’étaient qu’une mascarade, un stratagème destiné à donner un vernis de respectabilité à la violente persécution des Massaï par la Tanzanie. On s’attendait largement à ce qu’elles approuvent de nouvelles expulsions : toute cette affaire confirme que la conservation-forteresse d'inspiration coloniale est toujours pleinement à l'œuvre en Tanzanie aujourd’hui et qu’elle bénéficie du soutien enthousiaste de l’UNESCO.
« Ces recommandations ouvrent la voie à de nouvelles expulsions, à Ngorongoro et ailleurs. Et tandis que les Massaï sont dépouillés de leurs terres et de leurs moyens de subsistance, le gouvernement, l'industrie touristique et les acteurs de la soi-disant “conservation” s'enrichiront grâce à un paysage vidé de ses propriétaires originels. »
Note aux rédactions :
- Les rapports des commissions n'ont pas été publiés, mais leurs conclusions ont été largement relayées en Tanzanie et présentées lors d'un événement officiel.
- La première commission s'est penchée sur des expulsions antérieures, telles que celle de Loliondo en 2022 ; la seconde a été chargée de formuler des recommandations sur la manière d'améliorer les “réinstallations”.
- Le rapport de Survival International intitulé “Décoloniser l'UNESCO” met en lumière la complicité de l'UNESCO dans les violations des droits humains commises dans les zones de conservation en Tanzanie.


